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Dossier k. d’Imre Kertész

Imre Kertész en réfère à Platon, son autobiographie dialogique est “un véritable roman”. Celui de sa vie, celle qui se dessine au détour des réponses qu’il adresse à un interlocuteur, sorte de double à la fois pertinent, curieux, parfois complaisant ou provocant. La connivence et les pirouettes rhétoriques amusent, surprennent, habitués que l’on est à plus d’austérité chez l’écrivain hongrois. Tant bien que mal, au travers de questions sans réponse et des couloirs de la pensée, Kertész parcourt une vie en quatre temps : sa jeunesse déchirée entre des parents divorcés sous l’occupation nazie, l’internement à Buchenwald, puis l’entre-deux-dictatures, indescriptible mélange d’insouciance et d’angoisse , enfin l’oppression communiste, aliénante. Il explique la confiance, cette “magie quotidienne du mal” qui semble l’avoir sauvé. Signe de la providence ? L’écrivain affirme que Dieu est mort. Restent des souvenirs qui appartiennent à un homme qu’il n’est plus, dit-il, à un romancier qui écrivit le controversé ‘Etre sans destin’. Sur la déportation, Kertész élude, le plus souvent. Prudemment, il revient sur la question du ressentiment contre les origines, transposé sur l’image paternelle. Assimiler Auschwitz au père, l’idée est troublante, Kertész la rejette sur un de ses personnages… Habile esquive d’un écrivain passé maître dans l’art de porter le masque de la fiction pour dissimuler ses propres plaies. «L’autobiographie se souvient tandis que la fiction crée un monde», explique-t-il. Son monde, ses souvenirs, il dit les préserver tout en s’oubliant lorsqu’il crée. La manoeuvre semble périlleuse, elle reste floue, et entoure ce ‘Dossier K.’ d’une brume persistante. Kertész veut sortir la réalité de la pénombre, pour en parcourir l’absurdité.

édition actes du sud, 2008


A la croisée des mondes de Philip Pullman

Déjà une dizaine d’années que ce magistral roman enthousiasme public et critiques, cumulant les prix littéraires, dépassant sa catégorie de littérature jeunesse. Cette trilogie fantastique mérite les éloges et n’usurpe pas son titre de chef-d’oeuvre. Si on retrouve les thèmes chers au genre, comme les mondes parallèles, la quête initiatrice et les notions de bien et de mal, le récit brille par son originalité, une imagination enchanteresse et un réel talent de conteur. Pullman met en scène une mythologie inédite, en apologie à l’athéisme, à la liberté de pensée, très critique vis-à-vis du dogmatisme religieux. Passionnant, émouvant, le destin des deux héros adolescents mêle mystères et magie, aventures et tendresse, dans un périple porté par un souffle aussi épique que poétique. L’univers merveilleux et le suspense sont omniprésents dès le premier tome. Le récit s’intensifie à chacun des volumes, prenant cette dimension d’épopée dans le deuxième, plus violent, plus ésotérique.

édition Gallimard jeunesse,2007



Mon père m’a donné un mari de Christine Destours

Le thème des mariés mal assortis est un vieux sujet de plaisanterie depuis le Moyen-Age dans les chansons traditionnelles comme dans les comédies de Molière ou de Scarron. La dame s’accomode rarement d’un mari qui n’est ‘pas à la hauteur’. Souvent grivoise à l’origine, elle devient cocasse et convenable à partir du XIXe siècle et fait désormais partie du répertoire enfantin. La taille réduite du mari et l’apparition d’animaux minuscules fournissent des éléments burlesques. Le mariage forcé est-il un sujet bien choisi pour un livre jeunesse ? ‘Mon père m’a donné un mari’ reprend avec humour et ironie une ancienne comptine qui résonne étrangement à notre oreille. Et si l’illustration finale donne une vision ambiguë de la morale, c’est pour laisser ainsi la porte ouverte aux interprétations. Chaque double page chante un couplet illustré avec poésie et humour. Le jeu des dessins avec le texte est mordant. La typographie s’attache au rythme de la comptine et trouve avec originalité une forme de pirouette visuelle pour marquer le temps du refrain. La mise en page égaie ainsi la lecture et focalise l’attention sur les mots répétés d’une page à l’autre comme pour marquer la note.

édition Didier jeunesse, 2008
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