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Battement d’ailes

Un lieu enchanteur en Sardaigne. Sur la colline qui domine la mer, au milieu des terres arrachées au maquis, se tient la maison de Madame, dernier bastion de résistance aux barres à touristes. Seule, décalée dans ses robes bizarres cousues main et son naïf refus de l’argent, Madame est hors normes. Quand la nervosité la gagne, que malgré les rites magiques, le grand amour se dérobe, elle dévale les deux cents mètres du chemin escarpé jusqu’à la plage et nage vers le large. Madame dérange, mais pas sa jeune amie de quatorze ans et son grand-père, ni le fils aîné des voisins qui ne suit pas la route tracée par ses parents. Eux savent. Après avoir enchanté la rentrée littéraire 2007 avec son « Mal de pierres », Milena Agus revient le temps d’un « Battement d’ailes », un ouvrage aussi semblable à son prédécesseur qu’il en est différent. Une nouvelle fois, l’auteur brosse le touchant portrait d’une femme entière et incomprise, toute dévouée à sa quête de l’amour véritable. Une nouvelle fois, encore, elle célèbre les paysages somptueux et préservés de la côte sarde, et rappelle par petites touches les us de cette société traditionaliste qui est aussi la sienne. Une nouvelle fois, enfin, elle saisit par un style affranchi, aérien, qui soutient une intrigue fugace et ravissante. Galerie de personnages atypiques que l’on croirait issus de l’entourage proche de Milena Agus, «Battement d’ailes» porte, plus qu’une réflexion, un tendre regard sur ce qui fait la singularité de chacun. Quelque part entre la réalité et les détours de l’imagination de la jeune narratrice, on se laisse aller à la douce ivresse qui émane du récit. La délicatesse d’une prose qui semble d’abord immaculée est régulièrement entachée de mots crus, d’images violentes, tels des crissements d’ongles sur un tableau noir. Comme pour rappeler que la vie n’est faite que de nuances. Un roman à l’image de son auteur, habile, discret et optimiste.

Battement d’ailes de Milena Agus
Edition Liana Levi, 2008

Le roman de Jean

«Et voilà le livre qui devait être écrit, pour que mon fils sache. Tu as donc écrit le premier paragraphe et la dernière ligne de tes mémoires. Tu me disais souvent que tu commencerais ton livre de souvenirs lorsque tu en aurais le temps. Tu l’as eu ce temps, mais tu ne l’as jamais fait. Aujourd’ hui, je sais que je dois l’écrire ton histoire. ». « Le Roman de Jean » n’est pas une biographie, mais le livre d’un fils racontant son père qui vient de disparaître. À partir de brouillons et de fragments retrouvés (photographies, correspondances, partitions de musique, revues de presses), le narrateur retrace le parcours de Jean Brun, venu à Paris avant-guerre pour devenir artiste. Sous le nom de Jean Dréjac, celui-ci a mené  une carrière au music-hall, écrit les paroles de chansons aussi célèbres que «Le Petit Vin blanc», «Sous le ciel de Paris», et travaillé pour les plus grands chanteurs de son époque, Maurice Chevalier, Gilbert Bécaud, Serge Reggiani et Edith Piaf, pour laquelle il composa « L’ Homme à la moto » et «Les Forains ». Ensuite, sa rencontre avec Perla, qu’il aima durant quarante ans, lui fit abandonner ses folles virées.

Le Roman de Jean de Frédéric Brun
Edition Stock, 2008


Le bonheur des moineaux

Aguersioual. Une belle matinée de mars. Le ciel immatriculé sa toile bleu cobalt sur le douar. Le soleil répandait une fine poussière d’or sur les maisonnettes en pisé, accrochés au flanc de la montagne. Un vent léger chantonnait dans les hauts ramages des noyers centenaires. Une journée de printemps comme les autres : claire, lumineuse, sereine, ordinaire, pour tout dire. L’auteur Mohamed Nedali est né à Tahennaoute en 1962, dans une famille de paysans démunis. Après des études secondaires à Marrakech, il complète sa formation en France où il obtient une licence en lettres à l’université de Nancy. Professeur de français depuis 1985, il enseigne aujourd’hui à Tahennaoute. Le bonheur des moineaux est son troisième roman.

Le bonheur des moineaux
de Mohamed Nedali – Edition Le Fennec, 2008

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