Littérature des prisons au Maroc

La littérature surgie du fond des prisons marocaines a fait l’objet d’un colloque réuni vendredi et samedi à Fès, à l’initiative de l’Union des écrivains du Maroc (UEM). « L’écriture et la liberté » est le thème de cette rencontre à laquelle l’UEM a invité plusieurs anciens détenus politiques comme Jawad Mdidech, auteur de « La chambre noire » ou Fatna Bouih, auteur d’un livre en langue arabe, « Hadith Al Atama », (récit de l’ombre).
« Je n’ai envisagé d’écrire que lorsque je me suis trouvé otage entre les mains de tortionnaires grossiers, les mains menottées et les yeux bandés », raconte Jawad Mdidech, qui reconnaît ne pas avoir été écrivain avant son arrestation en 1974, avec d’autres militants marxistes. « Après ma libération, survenue en 1989, j’ai voulu raconter aux hommes et aux femmes de mon pays que cette lueur de liberté, qui me permet maintenant d’écrire, a coûté très cher », a-t-il ajouté.
Un passage de son livre a été donné en 2000 pour une épreuve d’examen dans un lycée de Casablanca. « J’ai été extrêmement heureux de découvrir qu’il s’agit du lycée où j’avais fait mes études secondaires », a raconté Mdidech. Fatna Bouih, qui a été emprisonnée de 1977 à 1982, a comparé l’écriture en prison à « une bougie qui éclaire le noir qui t’entoure ». « J’ai également tenu à écrire pour briser le mur du silence auquel la femme se serait habituée et résignée », ajoute Fatna Bouih.
Le nombre et l’extrême précision des détails relatés par Mohamed Raïss dans son livre « un billet aller-retour pour l’enfer », ou par Ahmed Marzouki dans « Tazmamart, cellule 10 », ont été soulignés par un chercheur, Mustapha Mesnaoui. « Le détenu, explique ce chercheur, fait fonctionner sa mémoire comme un moyen de résistance ». « Privé de papier et de crayons, il grave en quelque sorte sur sa propre mémoire », ajoute-t-il.
Les livres-témoignages des anciens prisonniers se sont multipliés ces dernières années et ont pu être publiés et distribués au Maroc. Certains ont été des succès de librairie comme ceux d’Ahmed Marzouki et de Jawad Mdidech, qui ont été réédités.

• Abdelfettah Fakihani (AFP)

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