De belles plumes mais peu d’édition: Ecrivains cherchent éditeurs désespérément

De belles plumes mais peu d’édition: Ecrivains cherchent éditeurs désespérément

Le tour des librairies laisse voir des créations littéraires marocaines de plus en plus rarissimes. Mieux encore, lorsque les auteurs sont bien de chez nous, et ce sont souvent de belles plumes, les maisons d’édition sont étrangères. Alors qu’est-ce qui décide les écrivains, notamment les jeunes, à «s’exiler» pour éditer ?

Pénurie d’éditeurs

«Déjà les maisons d’édition se comptent sur les doigts de lamain au Maroc. D’autant plus qu’un bon coup de promotion des livres n’y est pas fait», martèle l’auteur Soufiane Chakkouche qui a déjà eu une expérience avec une maison d’édition marocaine dont il a préféré taire le nom. Aussi le nombre d’exemplaires ne dépasse pas les 5.000 selon le jeune écrivain préparant un nouveau livre intitulé «Zahra» qu’il éditera dans l’Hexagone. «J’ai envoyé un extrait à une maison française qui l’a accepté», précise-t-il à ALM en pointant du doigt l’existence d’un vide législatif.

Les explications du président de l’Union des éditeurs

Un point de vue qui n’est cependant pas partagé par Abdelkader Retnani. «Il existe quand même une exception marocaine qui fait que l’auteur ne paie pratiquement pas d’impôt sur les droits d’auteur. Ce qui n’est pas le cas dans d’autres pays», explique à ALM le président de l’Union des éditeurs marocains et directeur de la maison d’édition marocaine La croisée des chemins. «C’est une reconnaissance pour les intellectuels marocains !»,, estime-t-il en précisant que le contrat protège l’auteur, ainsi l’éditeur se doit de lui payer les ventes qui ont été faites. «Aussi, la TVA n’est pas versée sur la production de livres. Heureusement !», enchaîne M. Retnani dont la maison édite 50 titres par an. Mais là n’est pas seulement la question…

Un problème de lectorat aussi

Le manque de lecteurs fait que certaines maisons d’édition soient réticentes quant à la publication de livres. Un constat confirmé et par d’aucuns auteurs et par les directeurs de celles-ci. Du côté des écrivains, Mouna Ouafik, également journaliste, qui édite, à son tour, chez des maisons orientales, il ne s’agit pas de crise d’édition mais de lecture. «Les peuples arabes ne lisent pas beaucoup», a-t-elle réitéré en rappelant que son premier recueil de nouvelles a failli être édité en collaboration avec le ministère marocain de la culture. Pour sa part, la directrice éditoriale de «Maha Editions», qui a abondé dans le sens du taux assez faible de lectorat, a également mis l’accent sur les entraves financières. «Ce n’est pas évident de rentrer dans les frais d’un livre», a détaillé Michèle Desmottes qui a, par l’occasion, qualifié le nombre réduit de copies de livres de «cercle vicieux».

La pénurie d’exemplaires

Selon Abdeljalil Nadem, chargé des relations extérieures chez la maison d’édition marocaine Dar Toubkal, le manque de copies est à attribuer aux libraires. A son tour, il a estimé que «les librairies compétentes se comptent sur les doigts de la main». Aux yeux de M. Nadem, qui rappelle que le livre est quasiment concurrencé par les nouvelles technologies de l’information et de la communication entre autres, un bon libraire est censé commander les livres, une fois le stock épuisé, auprès de l’éditeur. Une démarche vivement recommandée par les maisons d’édition. Au-delà de cette défaillance par les libraires, une autre crise émerge. Celle de la diffusion. «Pour permettre au lecteur de s’approvisionner en livres, il faudrait disposer d’un diffuseur dynamique. Ce qui n’est pas suffisamment le cas au Maroc», martèle le chargé des relations extérieures chez Dar Toubkal qui consacre 15% de ses publications à la création littéraire et vend plus de livres en arabe qu’en une autre langue.   
 

Les livres arabophones remportent les ventes

Conformément à l’expérience de Dar Toubkal, qui procède à la traduction de certains livres qu’elle publie, les ventes des écrits arabophones dépassent trois fois celles des créations en français. «Les livres en arabe sont beaucoup plus importants et plus vendus sur le marché marocain», abonde M. Retnani dont la maison d’édition publie également en arabe, anglais voire amazigh et reçoit le triple des manuscrits par rapport aux 50 titres (livres, beaux livres, romans et essais) qu’elle publie. Des publications qui lui rapportent un chiffre d’affaires d’environ 5 millions de dirhams.

Les statistiques de la tutelle

«Depuis deux ans, il y a une prise de conscience de la part du ministère de la culture, avec un budget de 10 millions DH/an alloué à l’aide à la culture en général. 2 millions 500 mille DH vont pour l’aide aux publications, ce n’est pas énorme mais c’est toujours mieux que rien», explique M. Retnani qui précise que ce soutien est «ouvert à toutes les maisons d’édition».

Dans l’ensemble, l’aide de la tutelle contribue, selon Hassan Elouazzani, à atteindre une moyenne de 2.500 à 3.000 titres publiés par an. Des chiffres en nette évolution puisque les publications ont dépassé, selon le directeur du livre auprès du ministère de la culture, 2.000 en 2013 après s’être établies à 1.500 dans les 4 dernières années. Dans les années 90, les titres édités ne se chiffraient qu’à 1.000 par an et à 60/an dans les années 60.
Bien que la moyenne de livres publiés soit actuellement de 3.000 à peu près, elle semble médiocre. Encore du chemin à faire !

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