La sélection de la semaine du 10 au 16 février 2015

La sélection de la semaine du 10 au 16 février 2015

«Sara» de Stefan Agopian
 

Au XVIIIème siècle, dans une ville forte de Transylvanie, Tobie rencontre Sara. Sa beauté éthérée et son énigmatique présence en ce lieu piquent la curiosité du jeune homme. Tobie est guidé par l’ange Raphaël et Sara est inséparable de Théopomp, le chat qui parle. Leur destin se lie à celui du petit Simon Talaba, un garçonnet perdu dans cette société où Roumains, Saxons et Hongrois cohabitent à l’ombre de dissensions politiques meurtrières. À la manière d’une œuvre de la peinture flamande, le roman d’Agopian baigne dans une lumière somptueuse, où les personnages semblent pris comme des scarabées dans l’ambre. Toute de légèreté et de grâce, cette évocation en clair-obscur rend encore plus prégnantes la violence des événements et la cruauté parfois rabelaisienne de la critique sociale. Plein de fantaisie, ce roman a patienté deux années sous la loupe de la censure communiste roumaine. L’auteur a finalement réussi à déjouer la vigilance de l’organe de répression, et le livre est paru en 1987.

Editions Actes Sud. 180 DH

«Voyages dans la modernité»

Le premier récit traduit dans ce livre est celui d’un notable et homme de lettres ottoman qui a effectué de nombreux séjours dans les grandes capitales européennes, dont l’un en 1863 à Paris où ses deux fils faisaient leurs études. Le second est l’œuvre d’un journaliste resté anonyme, parti à Londres en 1851 pour couvrir la première Exposition universelle. Les deux textes témoignent de la ferveur suscitée parmi les élites de l’empire par les Tanzimat, rescrits promulgués en 1839, puis en 1856, par lesquels le sultan s’engage à rénover en profondeur l’administration de l’empire et affirme notamment l’égalité entre tous ses sujets quelle que soit leur religion. À la fois guides de voyage et supports d’une réflexion sur les raisons de l’expansion européenne, les deux récits fourmillent de remarques sur la vie quotidienne, comme la liberté dont jouissent les femmes ou la qualité des hôtels ou encore le prix d’entrée dans les musées.

Editions Actes Sud. 180 DH

«Le pain» de Toufiq Youssef Aouad

Dans un village libanais, à la veille de la révolte arabe de 1916 contre la domination turque, un militant nationaliste, Sami Assem, est contraint de se replier dans une grotte en haute montagne où son amoureuse, Zeina, lui apporte régulièrement de quoi se nourrir et les dernières nouvelles du pays. Lassé de son isolement, Sami quitte sa cachette, tue par erreur un soldat déserteur et finit par être arrêté. Deux cadavres sont aussitôt retrouvés, et les autorités militaires font circuler une rumeur selon laquelle il s’agirait de Sami et du gardien de prison qui l’aurait aidé à s’enfuir. Désespérée, Zeina se décide alors à se rapprocher, pour le tuer, du gouverneur turc qui la poursuivait de ses assiduités… Publié en 1939 et considéré unanimement comme le premier roman libanais digne de ce nom, Le pain aborde une période charnière de l’histoire arabe contemporaine : l’éveil du sentiment national, les luttes menées par les sociétés secrètes, la famine qui a décimé des dizaines de milliers de Libanais durant la Grande Guerre…  
 

Editions Actes Sud. 180 DH

 

 

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