Latifa Labsir: «Le style et la langue féminins en écriture offrent une nouvelle formule en créativité»

Latifa Labsir: «Le style et la langue féminins en écriture offrent une nouvelle formule en créativité»

Entretien avec Latifa Labsir, écrivaine et professeur universitaire

Les écrivains s’abstiennent, en général, de créer des personnages qui ne constituent pas un exemple. C’est comme s’ils craignaient le rejet, par le lecteur, du personnage qui n’est pas conçu dans un cadre précis.

ALM : Vous êtes la seule femme marocaine participant au 35ème Salon international du livre à Sharjah (Emirats Arabes Unis) qui se poursuit jusqu’au 12 novembre. Quels en sont les dessous ?

Latifa Labsir : Ma participation, prévue le 8 novembre au Salon de Sharjah s’articule autour d’un sujet sur lequel j’ai longuement travaillé en termes de créativité et de critique. Il s’agit de la créativité de la femme. Pour ma part, j’essaie souvent d’interpréter les œuvres littéraires indépendamment des personnages féminins. Par contre, certaines considérations ne peuvent être dépassées. Tel est le cas de la langue chargée de métaphores et figures de style depuis belle lurette. Par ma plume, je ne peux pas en ignorer les dessous puisque ces figures de style sont récupérées à tout moment à travers notre culture. Ainsi, la nouveauté se manifesterait en matière de traitement de nouvelles questions autour du rapport de la femme à la langue en général sachant que plusieurs œuvres ont tenté de se «révolter» contre le caractère sexiste de la langue par le biais du concept du genre.

La conférence à laquelle vous participez aborde des perceptions de l’écrivaine contemporaine et de la femme en tant que personnage principal d’une œuvre. Quel serait votre apport à cet événement ?   

Cette rencontre s’intéresse notamment aux perceptions faites par la littérature à la femme en général. D’ailleurs, les personnages laissent souvent voir qu’ils sont préalablement conçus. Pour leur part, les écrivains s’abstiennent, en général, de créer des personnages qui ne constituent pas un exemple. C’est comme s’ils craignaient le rejet, par le lecteur, du personnage qui n’est pas conçu dans un cadre précis. Pour sa part, la littérature universelle semble ne pas vouloir se libérer de certains personnages qui se répètent et prédominent. A mon tour, je ne prétends pas avoir dépassé ce cadre dans mes écrits. Seule la critique peut le faire. Quand même, j’ai travaillé sur ce sujet depuis un bon moment. Ainsi, mon livre intitulé «L’autobiographie du sexe ambigu», qui est une thèse de doctorat dans laquelle j’ai étudié le style et la langue féminins en écriture. Un procédé qui offre une nouvelle formule en créativité. Pour préparer ma thèse, j’ai eu recours à plusieurs théories en psychologie analytique à l’instar de celles de Jean Bellemin-Noël, Pierre Bayard, Laurent Damanze et Jaques Lacan.    

Est-ce que le sujet de la femme en tant que personnage principal d’une œuvre est conforme à vos ambitions en tant qu’écrivaine et professeur universitaire ?

Bien évidemment parce que c’est un sujet qui constitue un centre d’intérêt pour moi puisque je m’y immerge intégralement. D’autant plus que je publie depuis belle lurette des chroniques abondant dans ce sens sur le magazine arabophone «Nissae min almaghrib». Ces publications se veulent de revoir la panoplie de discours dont nous sommes prisonniers outre d’autres sujets concernant la critique féminine et son rapport à la littérature. C’est donc un sujet qui m’intéresse énormément. D’ailleurs d’autres recherches dans ce sens foisonneront bien évidemment.

En quoi vous distinguerez-vous lors de la conférence qui rassemblera des lecteurs arabes dont la culture diverge ?

Je crois que la divergence culturelle est relative étant donné que plusieurs idées s’apparentent de par le monde, alors qu’en serait-il d’un pays arabe proche du nôtre?! Quant au lecteur, il peut diverger dans un périmètre parce que tout individu a ses propres croyances, idées, voire orientations. En ce qui concerne les points sur lesquels je peux diverger à l’égard du lecteur, cela dépend également de celui-ci.

Qu’est-ce que vous attendez de votre 1ère participation au Salon du livre de Sharjah ?

Je souhaite rencontrer d’autres écrivains n’ayant pas gagné en renommée par voie de presse, notamment dans le monde arabe. Je crois que certains intermédiaires culturels font la promotion d’écrivains en en délaissant d’autres. Comme je souhaite faire entendre ma voix en tant qu’auteure de nouvelles et chercheuse en créativité.

Qu’en est-il de vos nouveaux projets académiques et littéraires ?     

Pour l’heure, je n’ai pas encore publié de nouvelles œuvres après ma dernière publication intitulée «Récits féminins au goût de l’oranger amer» éditée par le Centre culturel arabe en 2014. Par contre, je publierai bientôt la traduction d’une sélection de mes nouvelles en français. Cette version est réalisée par Abdellah El Ghazouani, professeur de littérature française à l’Université Hassan II-Aïn Chock. Comme j’envisage de publier une critique autour du roman arabe et un nouveau recueil de nouvelles.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *