Le voile est levé sur les dictatures arabes

Le voile est levé sur les dictatures arabes

Pourtant, il est l’unique exemple d’une aberration dans le monde des lettres arabes, toutes périodes confondues. En effet, nous sommes face à un destin de l’écriture dans le monde arabe et musulman. Abdul Rahman Mounif c’est le Nazim Hikmet de la Turquie. Les deux ont été déchus de leurs nationalités pour des raisons politiques. Dans le cas de Mounif, ni la Jordanie, ni l’Irak, ni l’Arabie Saoudite n’ont su tirer de la fierté d’avoir un écrivain de cette envergure au sein de leur nation.

Pour ceux qui ne le savent pas, Abdul Rahman Mounif, est un Irakien d’origine saoudienne. Il est né à Amman en 1933 et mort à Damas en 2004. Il est sans conteste le plus grand écrivain arabe de tous les temps. Son œuvre résume de façon magistrale la protestation socio-politique de l’intellectuel contre l’écrasement des libertés. Déjà dans «L’arbre et l’assassinat de Marzouk», publié en 1973, Abdul Rahman Mounif pose la question de la perdition arabe à cause du pétrole. Suivent  «Histoire d’amour» (1974), «Quand nous avons quitté le pont» (1976) «Fins» (1978), «La course de fond» (1979), dans tous ces écrits  s’élève une voix universelle contre toute forme de  torture, d’oppression et d’injustice.

C’est ce qui ressort du roman en cinq tomes «Villes de sel», publié par Abdul Rahman Mounif entre 1990-1999 et qui sort aujourd’hui chez Actes Sud. On y retrouve un large panorama des monarchies du Golfe assujetties au pétrole, qui, du coup, n’est plus une manne du ciel, mais une damnation de Dieu.  L’auteur décrit une société arabe engluée dans un passé lointain. Rien n’a changé dans les esprits, qui restent ancrés dans l’esprit de sel du VII siècle à la naissance de l’Islam. Pour le reste, argent, modernité, buildings, nouvelles villes dans le désert, voitures et richesses ne sont que façade très vite balayés par une tempête de sable.  Nous sommes donc face à une œuvre immense qui sonde les tares de la société arabe et musulmane et prédit des errances  comme ces révolutions arabes toutes avortées qui ont plongé plusieurs pays dans le chaos où l’on patauge déjà comme des statues de sel.


 
Villes de sel, Editions Actes Sud, 250 DH.

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