L’écriture du désastre

L’écriture du désastre

Enfin un ouvrage qui revient  sur cette inclination au malheur et au désastre dans la littérature autrichienne. Celle-ci, on le sait, est riche de quelques- uns des noms les plus prestigieux des lettres universelles. Dans ces essais, W. G. Sebald évoque dix grands noms de la littérature autrichienne, tels que Schnitzler, Kafka, Canetti, Bernhard, Handke… le but est de répondre à une question ontologique dans l’histoire de la littérature en général : «Ceux qui se donnent la peine de décrire le malheur ne témoignent-ils pas de son possible surpassement?». Pour apporter des éléments d’éclairage sur de tels écrivains, à travers leurs œuvres, W. G. Sebald insiste d’abord, dans son traitement, sur la condition psychique des auteurs, leurs vies, leurs illusions et désillusions. Il axe également son travail sur les malheurs liés à l’époque où ils ont vécu, les ramifications politiques, les dictatures, le nazisme et la guerre. Autant d’éléments pour définir un contour plus ou moins juste de ce qui sous-tend de tels écrits. 

Sebald se penche, dans cet ouvrage bien documenté sur des textes comme Perturbation de Thomas Bernhard, La Nouvelle rêvée d’Arthur Schnitzler ou Le Château de Franz Kafka, là où le malheur est érigé en règle, en base même de l’écriture. On suit avec lui les sinuosités prises par les souffrances, les angoisses et les perversions. Vienne et Prague, deux capitales de la douleur, sont ici drapées de l’image de Sigmund Freud, qui a mis le doigt sur les penchants au désastre dans l’art et la littérature autrichiens. Mais cette douleur est à la fois lucidité et conscience du monde. Il est clair que le déclin politique de la grande Autriche n’est pas étranger à une telle douleur. Fini le faste de l’empire, plane le spectre d’années noires, avec le nazisme en point d’orgue, comme une fin annoncée. Cette liste qui peut aussi englober des noms comme Zweig ou encore le sublime Musil et son «Homme sans qualités».  D’ailleurs au fil des lectures, on se rend compte que ce sont les écrivains autrichiens qui ont balisé la voie à Freud pour devenir l’inventeur de la psychologie et la psychanalyse modernes. Il a trouvé un terrier riche où les sentiments humains prenaient de tels ramifications autour du mal, de la douleur, du mal-être et de la souffrance pour concevoir des théories qui aujourd’hui font encore autorité.

Bio express
Né en 1944 en Bavière, W. G. Sebald vivait depuis 1966 à Norwich, en Angleterre, où il enseignait la littérature à l’Université d’East Anglia. Décédé en 2001, il laisse une œuvre importante, publiée en France par Actes Sud, qui lui a valu une reconnaissance internationale.

Editions Actes Sud. 220 DH

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