Lorsque la voix de la littérature éclaire une nuit casablancaise: Tahar Ben Jelloun rétablit la vérité

Lorsque la voix de la littérature éclaire une nuit casablancaise: Tahar Ben Jelloun rétablit la vérité

L’écrivain explique que l’illusion et la propagande quotidienne bien faite déversées sur les réseaux sociaux et Internet ont fini par capter le cœur de jeunes innocents qui n’étaient pas du tout nés pour le jihad ni en Syrie ni ailleurs.

La nuit pluvieuse n’a pas empêché les passionnés de littérature de se déplacer en masse pour échanger avec Tahar Ben Jelloun mercredi dernier. Face aux changements que connaît le monde, une lecture à propos des valeurs de progrès a captivé l’audience. 2016 a été une année fructueuse pour l’écrivain puisqu’il a sorti deux livres :

«Le mariage du plaisir» en début d’année et «Le terrorisme expliqué à nos enfants» paru fin août. Plusieurs problématiques ont été abordées par l’écrivain dans ces œuvres, le racisme, l’identité, le terrorisme et son rapport avec le Maroc. «Je devine les questions qu’un enfant peut se poser au cours de ces tragédies que nous vivons». Et d’ajouter : «J’ai commencé la rédaction de ce livre (Le terrorisme expliqué à nos enfants, ndlr)  au lendemain de l’attentat du 13 novembre contre le Bataclan et j’ai pensé à ces parents, ces familles qui ont perdu une épouse, un fils, un enfant ou un ami. Comment expliquer qu’en allant juste écouter de la musique, on peut risquer sa vie». L’auteur a expliqué qu’il a surtout voulu réagir contre l’amalgame qui a été tout de suite été fait entre terrorisme et Islam. Un amalgame qui existe depuis pas mal de temps selon Tahar Ben Jelloun. Il était très urgent pour lui de rétablir la vérité et de dégager la responsabilité de l’Islam dans cette tragédie. L’Histoire tient une place importante dans les œuvres du détenteur du Prix Goncourt. Les références historiques à la Révolution française, aux Brigades rouges ne manquent pas. Sur le terrorisme l’auteur souligne qu’ «il n’a pas d’antécédent dans l’histoire de l’humanité. Ce qui est nouveau dans le terrorisme manipulé par Daech, c’est d’avoir convaincu de jeunes gens d’échanger leur instinct de vie naturel contre l’instinct de mort, alors que toutes les guerres du monde sont basées sur l’instinct de survie». Pour lui, «c’est un problème sans solution parce qu’on ne peut pas se battre contre quelqu’un qui fait de la mort un désir, une volonté, un souhait et même une victoire». L’écrivain explique que l’illusion et la propagande quotidienne bien faite déversées sur les réseaux sociaux et Internet ont fini par capter le cœur de jeunes innocents qui n’étaient pas du tout nés pour le jihad ni en Syrie ni ailleurs.

Tahar Ben Jelloun déplore par ailleurs l’utilisation de l’Islam pour faire peur ou à des fins électorales, en France comme ailleurs. L’écrivain défend l’enseignement des religions dès le primaire aux enfants pour rapporter l’histoire des religions monothéistes «qui ont des points de rencontre et de divergence, mais ce sont trois religions qui ont des valeurs et ces valeurs-là sont des valeurs de fraternité». Seulement pour lui la pédagogie est insuffisante, un droit de réponse s’impose selon l’écrivain «à chaque fois qu’un homme politique émet des jugements erronés ou faux sur l’Islam».

Sur la posture de discrétion, l’écrivain s’abstient d’utiliser ce mot puisqu’il est mal perçu selon lui. En revanche, il reste clair sur l’exercice du culte en France, il faut, selon lui, que la religion reste d’ordre privé. Sur la question des droits des femmes il précise : «Regardez comment un pays traite les femmes, vous saurez s’il est civilisé ou non. La femme doit jouir des mêmes droits que l’homme sur tous les plans». Et d’ajouter : «Le mariage est un compromis entre deux libertés, mais quand il y a un compromis entre une liberté et une solitude cela court à l’échec».

Leïla Ouchagour

Journaliste stagiaire

1 Comment

  1. Mohamed El Jerroudi

    Mais c’est à chaque fois, Tahar Ben jelloun se dit qu’il est mal reçu ou critique. Voyons ! Un écrivain comme lui doit écrire et se taire, le reste, c’est le temps qui est juge. Cela dit, je votre fan monsieur, mais pas pour tous vos livres, oui peu de vos écrits à qui je n’adhère pas, et c’est normal…
    Bien à vous monsieur
    Mohamed El Jerroudi

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