Maria Guessous : «Chevaucher d’une plume à l’autre est un exercice fascinant et excitant»

Maria Guessous : «Chevaucher d’une plume à l’autre est un exercice fascinant et excitant»

Elle a remporté le premier prix littéraire Sofitel Tour Blanche pour son dernier roman «Nous n’irons pas tous au Paradis», paru en 2015, aux éditions «Afrique Orient», la jeune écrivaine Maria Guessous parle à ALM de son roman, de son secret de réussite ainsi que de son projet.

ALM : Après votre dernier roman «Nous n’irons pas tous au Paradis», paru en 2015, aux éditions «Afrique Orient», préparez-vous une autre œuvre ?

Maria Guessous : En fait ma tête foisonne d’idées et de scénarios mais je préfère laisser une idée germer et mûrir dans ma tête avant de la coucher sur papier

Au-delà de votre roman, qu’est-ce qui fait dire que «nous n’irons pas tous au Paradis»?

J’espère que nous irons tous au paradis. Le paradis existe comme l’enfer, mais dans notre foi musulmane et notre quête spirituelle, il faut adorer Dieu parce qu’il est Dieu, Dans mon roman, j’ai soulevé cette question en me référant à cette grande mystique «Rabi3a El 3adawiya» qui se promenait un jour avec une torche de feu dans une main et un seau d’eau dans l’autre et quand on lui a demandé ce qu’elle voulait en faire, elle a répondu : je veux mettre le feu dans le paradis et éteindre les flammes de l’enfer, je veux que les gens aiment Dieu pour Dieu. Je reviens au titre de mon roman que j’ai voulu interrogatif, interpellant à la méditation. La négation est utilisée pour exhorter les lecteurs à réfléchir sur cette négation. D’ailleurs qui suis-je pour affirmer que nous n’irons pas tous au paradis.
 
Au moment de l’écriture était-ce facile de jongler entre la vie de couples ?

Ma méthode de travail favorise la transition d’un personnage à l’autre. Chevaucher d’une plume à l’autre devient alors un exercice fascinant et excitant. J’ai glissé à tour de rôle dans la peau de ces deux couples au gré de mon humeur. Je m’appelle tantôt Imane, tantôt Catherine, je change de nom le temps d’écrire quelques pages où je plonge dans les méandres de l’âme humaine. A ce moment je suis entraînée dans le tourbillon vertigineux de la créativité dans toute sa splendeur. Je ne maîtrise rien, je suis emportée dans un monde où je prends la voix et la voie des protagonistes et je joue pleinement leur rôle au point de me défaire de mon «moi» qui s’éclipse pour céder la place à tel ou tel personnage. Le fait que je les aie bien travaillés dans ma tête, de m’avoir approprié leur histoire et de pouvoir m’incarner dans leurs corps et m’animer dans leurs esprits me les rend tous familiers et je ne peine finalement pas à aller bon train dans deux voies parallèles, celles de Imane et Catherine, deux voies qui se rejoignent quelque part.

Quel est le secret de réussite de votre dernier roman ?

J’ai écrit mon livre avec beaucoup de passion en aspirant transmettre cette même passion aux lecteurs. Il n’y a pas de secret, il faut juste beaucoup de travail et rigueur sans se défaire d’une authenticité sans fioriture et sans parti pris, c’est-à-dire je prends de la distance par rapport à mon histoire et je porte sur elle un regard lucide et neutre.
 
Les faits et les personnages laissent dire que l’intrigue a été conçue à la flaubertienne. Qu’en dites-vous ?

Flaubert est mon auteur préféré depuis toujours, j’ai lu ses œuvres et sa correspondance abondante et riche, je pense que je me suis imprégnée de l’art d’écrire de ce grand maître dont je retiens plusieurs leçons : s’il faut piocher, travailler dur le plan, la syntaxe et le lexique, c’est justement parce que le travail essentiel de l’écrivain consiste à relier entre elles les visions, à en réduire la discontinuité séquentielle, à les transposer dans une cohérence verbale, bref à transformer cette narration visuelle en un texte que le lecteur devra pouvoir lier comme la partition de sa propre rêverie.

 

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