Portrait de l’auteur en solitaire

Portrait de l’auteur en solitaire

C’était attendu. Le Prix Nobel de littérature 2006, le turc Orhan Pamuk, se livre à un jeu subtil sur la vie, la politique, l’écriture et les autres dans un essai très actuel. Même si le Prix Nobel ne garantit pas assurément le consensus, il faut dire qu’Orhan Pamuk l’a appris à ses dépens quand le gouvernement turc l’a accablé et a tenté de le museler pour ses prises de position sur l’identité turque. L’écriture de Pamuk prend alors un tournant plus intimiste.

Nous sommes loin de «Mon nom est rouge» ou de «Neige», deux romans solides aux consonances universelles.  Avec «Istanbul et d’autres couleurs», l’écrivain serre son champ de vision et se recueille sur lui-même. Pour l’auteur, «ce livre est fait d’idées, d’images et de fragments de vie qui n’ont pas encore trouvé place dans un de mes romans.»  Et souvent, ce sont ces fragments qui font les meilleurs livres. Ici, Orhan Pamuk se met à nu, avec délicatesse et sans trop forcer les traits. Une subtilité dans l’écrit qui avoisine la candeur. Ce qui rend ces textes jubilatoires.  On apprend alors que Orhan Pamuk écrit beaucoup.

Il s’astreint à dix heures de travail par jour. Qu’il n’est pas l’auteur mondain qu’on a voulu vendre aux gens, mais un bosseur, un travailleur, un homme qui ose descendre dans les tranchées des pages vides pour les remplir de sens. L’auteur pratique aussi l’exercice d’admiration envers Dostoïevski, Camus, Walter Benjamin. Il n’y a pas de mal. Il encarte même ses «courts essais poétiques» publiés dans Ozuk, une revue satiriste politique de 1996 à 1999. Et il nous offre la version intégrale de «La Valise de mon papa», le texte qu’il prononça lors de l’attribution du Nobel. Orhan Pamuk ne pouvait pas laisser cette occasion passer sans revenir sur ses démêlées avec l’Etat turc. Il remet au goût du jour ses graves problèmes judiciaires avec son pays ou il risqua la geôle pour «avoir dénigré publiquement l’identité turque.» Intitulé «Mon procès», ce court texte ne cache pas ses inquiétudes, son manque d’assurance pour faire face à la médiatisation de son accusation. Bref, une série de textes honnêtes, sincères d’un écrivain qui sait encore qu’en littérature, seule la vérité a valeur d’art.

Editions Gallimard. 200 DH

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