Livres : «Alabama Song», plus qu’une biographie déguisée… C’est une tragédie romancée

Livres : «Alabama Song», plus qu’une biographie déguisée… C’est une tragédie romancée

Entre fiction et réal ité, l’auteur se filtre dans la psyché de Zelda, la muse et l’épouse du célèbre écrivain Scott Fitzgerald. Elle retrouve sa voix et se retrace une nouvelle voie. Le couple glamour des années folles prend vie sous la plume de Gilles Leroy et Zelda se voit attribuer le premier rôle.
L’auteur dévoile l’envers de la légende, derrière le glamour, la vie de bohème et le luxe, une tragédie humaine. Entre réalité et fiction, la limite est bannie. L’inspiration se tisse à partir de deux vies réelles, celles de deux célébrités : Scott Fitzgerald, influencé par Hemingway et l’auteur des célèbres romans « Gastby le magnifique», «Ballade littéraire à Paris», «Tendre est la nuit», et Zelda, auteur de «Accordez moi cette valse» (Save Me The Waltz).  Comme le monde de la création s’interpénètre.
Leroy empreinte son titre à Brecht qui sera  chanté par David Bowie. La narration est prise en charge par la première personne du singulier « Il fallait plonger à fond et pour plonger à fond, il fallait utiliser le «Je»  Seul le «je» permettait de pénétrer la folie du personnage», déclare Leroy. Et c’est ainsi que Zelda devient la narratrice de son propre destin.
Comment raconter une vie extrêmement intense à fortes émotions, une vie « extra» ordinaire comme dit Leroy ?
«Alabama Song» est le récit d’un véritable naufrage, d’une douloureuse descente aux enfers. Scott meurt en 1940 et c’est dans le cabinet du psychiatre de l’Highland Hospital d’Asheville, où elle séjourne de son plein gré après avoir été internée une vingtaine de fois, que Zelda confie à rebrousse mémoire, une existence fiévreuse où le retour est douloureux. Pour broder son roman, au delà des événements connus, Leroy devait lire et relire  les livres, les lettres… Pénétrer le personnage de Zelda, c’est imaginer  ses doutes, ses angoisses, ses envolées, une manière de combler les lacunes laissées par les écrits biographiques qui dressaient le portrait d’une Zelda, à l’origine, de par ses folies et ses extravagances, du decrescendo de Scott Fitzgerald.
Leroy rend à Césars ce qui appartient à Césars. Car c’est l’âme de Zelda, ses différents et multiples moi, qui ont animé les personnages des romans de Fitzgerald. Ce qui saute aux yeux lorsqu’on lit Scott, ses romans comme ses nouvelles, c’est que tous ses personnages féminins sont des avatars de Zelda. L’envers du Paradis était la demeure du couple qui allait se désagréger dans une célébrité destructrice.
La célébrité précoce avait-elle été à l’origine de la tragédie des Fitzgerald ? Car c’est à 20 ans que Scott signe son premier roman «Le Romantique Egotiste». Et c’est aussi à vingt ans que Leroy découvre Scott.  Dans «Alabama Song», Zelda apparaît telle une véritable héroïne tragique et avec elle le lecteur franchit, une pyramide d’épreuves. Comment une femme à qui le mari pillait ses écrits  pour en faire ses propres textes, l’empêche de publier sous son vrai nom, freine son enthousiasme pour la danse et la peinture, n’allait pas finir par sombrer dans la folie et la déchéance ? Tragédie. Zelda périra, en effet, carbonisée vive dans l’incendie du Highland Hospital à 47 ans.
Leroy, l’auteur de «Maman est morte» s’approprie Zelda et en fait une vraie passion littéraire.
«Alabama Song», un style enchanteur et flamboyant, une tragédie romancée, dédiée à une vie sacrifiée a un couple de jeunes gens au romantisme noir, brillants mais vite consumés. Zelda soutient sans condition son mari. Ils ont un enfant. La grande vie s’ouvre à eux, l’argent, le luxe, les voyages… Mais il y a des failles, l’amour qui s’éloigne, l’alcool…Et les joies se transforment en peine, l’emprise amoureuse en empire étouffant. Vint alors, l’agonie scripturale et artistique.
«Alabama Song» est une sorte de Madame Bovary à la recherche du bonheur et d’un temps perdu que l’on désire vivement retrouver.

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