L’OMS s’inquiète d’une recrudescence des suicides

L’OMS s’inquiète d’une recrudescence des suicides

La crise économique mondiale risque de provoquer une recrudescence du nombre des suicides et des troubles mentaux parmi les victimes des turbulences financières, a prévenu jeudi l’Organisation mondiale de la santé (OMS). «Nous ne devrions pas sous-estimer les turbulences et les conséquences probables de la crise financière», a expliqué la directrice générale de l’OMS, Margaret Chan, lors d’une rencontre avec des spécialistes des troubles mentaux. «Il ne faudra pas être surpris de voir plus de personnes stressées, plus de suicides et plus de désordres mentaux», a-t-elle insisté. Les drames humains se multiplient déjà aux Etats-Unis où la crise du crédit immobilier a poussé des milliers de personnes hors de leurs domiciles.
Cette semaine, un cadre de la finance de 45 ans en proie à de graves difficultés financières a tué cinq membres de sa famille à Los Angeles avant de mettre fin à ses jours. Dans une lettre à la police, il a expliqué son geste par sa situation économique désespérée. Karthik Rajaram était sans emploi depuis plusieurs mois et ses économies avaient été entamées en raison de son chômage, avant de fondre entièrement en raison de la chute de Wall Street. Cette tragédie est devenue un symbole sinistre de la crise financière aux Etats-Unis, une semaine après la tentative de suicide d’une femme de 90 ans dans l’Ohio (nord) qui allait être expulsée de sa maison où elle avait habité pendant 38 ans. Ces deux drames témoignent de l’impact sur la santé mentale des Américains de ce qui est considéré comme la plus grave tempête financière aux Etats-Unis depuis la crise de 1929, selon des experts. La psychologue de Chicago Nancy Molitor a expliqué à l’AFP que le nombre de personnes angoissées à cause de la crise et demandant de l’aide avait fortement augmenté ces derniers jours. «En vingt ans de pratique, je n’ai jamais rien vu de pareil, le niveau d’anxiété bat tous les records», a-t-elle jugé, indiquant que les appels à son cabinet avaient augmenté de 50%. L’état de confusion causé par la crise financière, est comparable à l’après 11 Septembre, a estimé la psychologue, pour qui les personnes affectées sont d’âges et de conditions différentes. «ça ne touche pas uniquement les adultes, mais aussi les enfants». «C’est tout à fait comparable au 11 Septembre en termes d’impact. Et c’est clair que ce n’est pas (juste) une crise de Wall Street. Elle affecte l’ensemble de l’économie et presque chaque individu que je vois», a-t-elle assuré.
Pour elle, les problèmes rencontrés par les gens varient beaucoup, des plus fortunés qui disent avoir perdu des sommes folles aux couples s’inquiétant de ne pas pouvoir payer la scolarité de leurs enfants, jusqu’au cas d’une femme de 79 ans «qui ne pouvait pas se permettre de mourir». «J’ai pensé qu’elle blaguait, explique la psychologue, mais elle m’a dit : J’avais un assez bon héritage à transmettre à mes trois enfants. Si je meurs demain, ils vont recevoir la moitié de ce qu’ils auraient dû recevoir». Les gens éprouvent «un sentiment de peur, souffrent de dépression et d’angoisse et ils se disent que quel que soit l’effort fourni et son intensité, ils ne maîtrisent pas leur avenir», a estimé de son côté Judith Bardwick, professeur de psychiatrie clinique à l’université de Californie à San Diego.
À Los Angeles, les autorités conseillent aux gens rencontrant des difficultés financières de se faire aider par des professionnels.
Ken Kondo, porte-parole du département de santé mentale de Los Angeles a expliqué qu’un service ouvert 24 heures sur 24 avait été mis en place pour recevoir ces personnes. Aujourd’hui, les trois quarts des personnes souffrant de maladies mentales habitent toutefois des pays à faible et moyen revenu où le manque de soin est «abyssal», a rappelé Mme Chan à la veille de la Journée mondiale de la santé mentale. Les budgets de ces pays pour ces malades souvent stigmatisés sont très insuffisants, a-t-elle souligné. Par ailleurs, près de 75% des personnes affectées ne peuvent s’y offrir les traitements nécessaires, selon l’OMS. «Les soins pour ces troubles très répandus, persistants et débilitants ne relèvent pas de la charité. C’est un devoir moral et éthique», a insisté le Docteur Chan, à l’occasion du lancement d’un nouveau programme de l’OMS destiné à renforcer les services de santé mentales dans le monde.

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *