L’ultime chef-d’œuvre de Takahata enchante le FICAM

L’ultime chef-d’œuvre de Takahata enchante le FICAM

Le Festival international du cinéma d’animation de Meknès (FICAM) avait placé la barre haut lors de son édition précédente en projetant l’ultime joyau de Hayao Miyazaki, «Le vent se lève» en avant-première. Cette année, il a récidivé. Magique, était le mot sur toutes les lèvres après la projection du «Conte de la princesse Kaguya», dernier chef d’œuvre de l’autre icône du cinéma d’animation japonais, Isao Takahata. Pendant la soirée d’ouverture, le public Meknassi a été emporté par l’histoire attachante de la jeune princesse Kaguya. Petits et grands ont regardé avec des yeux d’enfant une ode à la liberté, profondément poétique et aux dessins d’une beauté unique.

Ce qui commence comme une version japonaise de la petite poucette des contes d’Andersen, vire très vite vers un récit complexe et très humain. A travers l’histoire de Kaguya, le spectateur se regarde lui-même et confronte malgré lui l’un des plus profonds paradoxes de l’être humain: la recherche continuelle du luxe et de la richesse matérielle, face à sa conscience que le bonheur réside, en fin de compte, dans la simplicité. Liberté et justice sont des thèmes proéminents dans le film, pourtant, Isao Takahata refuse de s’ériger en donneur de leçons. «Mon souhait personnel est évidemment une plus grande justice sociale, mais je ne suis pas dans une logique de militantisme à travers le cinéma.

Si vous percevez un message de ce type dans mes films, je m’en réjouis, mais ce n’est pas un élément central», a-t-il confié lors d’un entretien à l’issue de la projection du film. Sur le plan technique, le tracé de crayon du film est absolument unique. Les personnages et les paysages sont dessinés d’une manière semblable à un croquis, avec l’objectif de plus suggérer la réalité que de la calquer. Isao Takahata dit vouloir faire «travailler à la fois l’imagination et les souvenirs du spectateur, pour en faire un acteurs actif du processus de création». Le pari est vraisemblablement gagné grâce à des jeux de couleurs qui influencent de manière surprenante le cours de l’histoire, et des dessins qui tirent le spectateur vers un univers où la magie devient anodine. L’histoire de la princesse Kaguya est en fait le conte populaire le plus vieux de la tradition nipponne. Il daterait, selon certaines sources, de la fin du IXème siècle début du Xème siècle. Il a, néanmoins, été largement revisité par le génie narrateur d’Isao Takahata. «Un jour je me suis dit que si l’on pouvait changer notre approche de ce récit, le voir d’un autre angle, il gagnerait un éclat neuf», explique-t-il.

Ce film signe un come-back retentissant  d’Isao Takahata après plus de quatorze années d’absence. Alors que le réalisateur explique avoir entre- temps travaillé sur plusieurs projets qui n’ont pas abouti, le film lui-même aura nécessité huit années de travail. Le processus de création aura, lui, été beaucoup plus long. «L’inspiration pour ce projet remonte à plus d’un demi-siècle», nous confie le réalisateur. Le conte de la princesse Kaguya pourrait bien marquer la fin, en apothéose, d’une carrière rythmée par des productions mémorables pour le co-fondateur du studio Ghibli.
 

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