Maanouni : «Un regard sans concession»

Maanouni : «Un regard sans concession»

ALM : Comment vous  est venue l’idée de réaliser la série de documentaires sur cinquante ans d’indépendance du Maroc ?
Ahmed El Maanouni : À travers ce documentaire historique, on a voulu célébrer de manière originale  les cinquante ans d’indépendance du Maroc. Cette série de trois films documentaires n’est pas née suite à une commande de 2M, la chaîne coproductrice. Il s’agit d’une initiative personnelle qui a été accompagnée par la chaîne de Aïn Sebaâ. Ce projet répond à un besoin, à mon avis, objectif, celui  de réfléchir sur les cinquante ans après l’indépendance du pays. C’est un regard sans concessions.

Comment avez-vous procédé pour tisser le fil conducteur de ces documentaires ?
Cette série de documentaires est composée de trois films avec une démarche spécifique pour chacun . Dans le premier documentaire «La fiction du protectorat», j’ai essayé de décrypter la vision du protectorat et pour tracer une vision d’avenir en recherchant les atouts que cette histoire commune nous a léguée. Il s’agit, en outre, de se poser des questions et de comprendre pour quelle raison a t-on été colonisé. La colonisation au Maroc a pris une forme spéciale puisque c’était un protectorat. Durant cette phase, il y a eu la présence de bons et de mauvais acteurs. Le premier film se propose de parler de cette fiction qu’était le protectorat. Il s’agit aussi de faire le point sur tous les traumatismes qui ont suivi cette époque et les séquelles qu’on en garde dans nos comportements quotidiens. Dans le deuxième documentaire, «les résistances», s’emploie à expliquer quelle forme de résistance le Maroc a-t-il sécrété pour faire face à l’intrusion d’un corps étranger. Enfin, le troisième documentaire «Les nouveaux défis » est consacrée à la jeune génération qui s’est exprimé sur ses attentes, ses projets et ses déceptions.

Sur quelle base s’est opéré le choix des intervenants ?
Pour mener à bien ce projet, j’ai fait appel à trois types d’intervenants. Des experts, des politologues et des gens simples des deux côtés de la Méditerranée. Dans le lot des experts, on retrouve entre autres le chercheur et philosophe marocain Abdesslam Cheddadi, le politologue Mohamed Tozi, l’historien français Daniel Rivet, le chercheur au Centre national de recherche scientifique et la liste est encore longue.

Avez-vous rencontré des réticences de la part de vos interlocuteurs ?
Tous mes interlocuteurs ont parlé avec spontanéité. En fait, j’ai été très étonné par leur audace et la lucidité de leur regard. Mais je pense que tout le monde est -conscient aujourd’hui qu’on peut -cinquante ans après l’indépendance- parler de notre histoire sans langue de bois. Une liberté de ton incontestable.  Le Maroc a fait beaucoup de chemin dans le domaine de la liberté d’expression. Pas d’enjeu autre donc pour mon documentaire que celui de dire les choses telles qu’elles sont réellement ressenties.

Comment avez-vous trouvé le témoignage des experts français sur la colonisation ?
Vous savez, les intervenants de ma série de documentaires forment un tout. Je suis bien évidemment tombé sur des Français qui prenaient le parti pris de leur pays et de leurs politiques. Certains ont déclaré que le Maroc a encore du chemin à parcourir pour  réaliser le développement souhaité. D’autres par contre ont relaté les évènements tels qu’ils se sont déroulés en parlant de la lutte pour l’indépendance et de ses conséquences de manière transparente.

Dans quelles archives avez-vous puisé les images historiques sur la colonisation ?
La plupart des documents visuels sur l’histoire de la colonisation et de l’indépendance du Maroc ont été puisés dans les archives de la société française Pathé.
Sur ce volet des archives, le Maroc doit consentir beaucoup d’efforts pour rassembler des centaines d’archives et de documents historiques disponibles dans plusieurs pays européens dont la France, l’Italie et l’Espagne. Il s’agit la plupart du temps de collections privées très riches qui peuvent être rachetées par le Maroc.

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