Marcel Khalifa en concert à Casa

A s’y méprendre. Les concerts de Marcel Khalifa ressemblent à des meetings de soutien à la Palestine. Les drapeaux de ce pays volent très haut. Les spectateurs portent l’écharpe symbolique de la cause palestinienne (koufia). Les slogans hostiles au gouvernement israélien fusent de toutes parts. Les deux doigts levés en signe de victoire vers le ciel, les fans, très nombreux de Marcel Khalifa, transforment ses concerts en une catharsis. Ils libèrent le temps d’une soirée toutes les humiliations que fait subir l’armée israélienne aux Palestiniens. Pour de nombreux admirateurs, Marcel Khalifa est le chantre de la dignité arabe. «Mountassiba Alkamati amchi» se joue du temps qu’il fait. Elle résiste à l’usure, et se communique sans fausse note d’une génération à l’autre. Aux yeux de ses inconditionnels, l’étiquette de chanteur engagé est ce qui détermine le mieux l’art de l’intéressé. Attaché aux poèmes de Mahmoud Darwich, Marcel Khalifa ne déçoit pas son public par la teneur du texte. Ses compositions et interprétations du grand poète palestinien ne lui ont pas seulement valu des hourrahs. Pour avoir mis en musique et chanté un poème de Darwich, dans lequel un verset du Coran est cité, le Libanais a été poursuivi en justice dans son pays en 1999. Le oud de la cause palestinienne est un oud sacrilège ! Un chanteur de confession chrétienne ne peut proférer impunément les mots du Coran. Pour ce combattant infatigable de la liberté et de la démocratie, l’affront est dur. Mais sa renommée d’artiste rebelle se confirme. Pourtant, à côté du choix très minutieux des paroles, Marcel Khalifa est un compositeur qui évolue. Il est à la fois enraciné dans sa culture et profondément novateur. Ses chansons ont gagné en densité musicale ces dernières années. Le Libanais s’est ouvert à de nouveaux genres : le blues, le jazz et le flamenco. Il se produit de plus en plus en compagnie d’instrumentistes occidentaux. Et le miracle, c’est que le luth du Libanais impose à chaque fois une limite aux autres instruments pour qu’ils ne franchissent pas la frontière qui dénature les phrases arabes. C’est justement en compagnie d’un contrebassiste autrichien qu’il se produit vendredi prochain à Casablanca. Peter Herbert est considéré comme l’un des meilleurs interprètes de cet instrument, en matière de jazz. La qualité de son jeu et la fantaisie dont il fait preuve en concert peuvent ouvrir de nouveaux horizons au luth de Marcel Khalifa. Quant aux inconditionnels du chanteur libanais, qu’ils se rassurent. Qu’il innove musicalement ou non, Marcel Khalifa a maintenu la même exigence de texte depuis 1972. Et jazzys ou non, ses paroles déchaînent les passions.

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