Marguerin : « Je n’ai pas peur ! »

Aujourd’hui le Maroc : Certains reprochent au public de l’IFC d’être généralement le même. Qu’en pensez-vous ?
Jean-François Marguerin : Je ne suis pas tout à fait d’accord avec cette observation. Les publics, dans cette maison, sont plus divers qu’il n’y paraît. Bien entendu, nous sommes en train de travailler sur l’identification de ces publics. Quand on a une proposition de jazz, de musique classique, de chanson, quand on a un vernissage, du théâtre, quand on a de la break-danse ou du hip-hop, les publics qui viennent pour ces modes d’expressions ne sont pas les mêmes. Le public qui se déplace pour assister à un concert de musique baroque n’est pas tout à fait similaire à celui qui vient faire la fête lors d’un concert de hip-hop. Donc, nous sommes préoccupés par une offre qui, sans qu’elle soit un fourre-tout, soit diversifiée de façon à attirer différents publics.
Comment faites-vous pour attirer ce public ?
L’on gagne un public par la régularité et la qualité d’une programmation. J’ai souhaité que cet institut soit repéré à Casablanca comme une maison où il se passe toujours quelque chose. J’ai voulu que l’on arrive régulièrement à se demander : “Tiens ! que nous réserve cette semaine l’IFC ?” Sur le plan de la communication, nous avons poussé à 15 000 exemplaires le tirage du programme trimestriel. Notre attachée de presse fournit à l’ensemble de la presse écrite et audiovisuel le maximum d’éléments qui lui permettent de travailler. Et je dois reconnaître que le retour est spectaculaire. Je n’en veux comme preuve que les chiffres enregistrés entre 2001 et 2002. Le nombre de spectateurs et la recette de la billetterie ont été multipliés par six. C’est un indicateur qui est plus qu’encourageant !
Vous tenez à ce que les spectateurs payent leurs tickets ?
Oui ! j’insiste beaucoup sur la notion de spectateur payant. Il y a évidemment toute une politique tarifaire pour que les prix ne soient pas dissuasifs. Mais je tiens à ce que les personnes payent pour assister à un spectacle. À partir du moment où une personne, quelle que soit sa situation financière, paye un billet, elle se sent dans un rapport contractuel avec la salle dans laquelle elle entre. Elle est plus intransigeante à l’égard du spectacle qu’on lui donne. Et cette exigence est aussi garante de la qualité des choses que nous proposons à notre public.
À propos de la qualité. Comment se font les choix des spectacles que vous produisez ?
Ce qui détermine le choix d’un spectacle, c’est d’abord l’exigence de qualité. Je dois aussi sentir la force et la détermination de celui qui est en face de moi. Je tiens compte de la qualité du projet, des références de son auteur, mais de son humanité aussi. Des fois ça passe, d’autres fois ça ne passe pas! Parce que si le spectacle est catastrophique, nous payons les pots cassés ensemble. Et forcément de ma part, il existe une solidarité dans la prise de risque. Je défends, à cet égard, bec et ongle, la pièce de Youssef Fadel contre laquelle vous n’avez pas été tendre. Les critiques que j’ai à lui faire, je les lui fais en tête-à-tête. Elle est tellement importante cette solidarité avec des artistes qui travaillent, qui ne sont pas des fumistes. Ils peuvent se tromper, mais ça tanne le cuir, ça les durcit.
Comment réagissez-vous à la déclaration du PJD qui a dénoncé le rôle des instituts culturels étrangers établis au Maroc ?
Je vais dire très peu de choses à ce sujet. C’est une déclaration faite par un député, ayant la légitimité de son mandat, dans le cadre d’une enceinte qui est la Chambre des représentants. Ceci pour dire que les questions qu’il soulève ont été adressées aux Marocains et que c’est une affaire qui doit être traitée par les autorités marocaines et par l’opinion publique marocaine. Mais si je dois commenter l’intervention du député du PJD, je dirais que je ne suis en rien surpris par sa réaction. Il existe une cohérence entre son discours et ses références idéologiques. Ça clarifie le débat !
Vous sentez-vous particulièrement visé par cette déclaration ? Auriez-vous peur ?
Je vais laconiquement répondre : non je n’ai pas peur !
On va passer d’un extrémisme à un autre : comment avez-vous réagi à la demande de retirer la littérature étrangère des rayons des médiathèques des Instituts français ?
C’est une vieille histoire d’une circulaire maladroite et que je n’ai personnellement jamais vue. Il y est question que les médiathèques deviennent aussi des centres de ressources de la France contemporaine. Une interprétation maladroite a été faite de cette circulaire, considérant que la littérature étrangère traduite en français ne devait plus faire partie des acquisitions, ni même des fonds disponibles sur les rayons. L’écrivain Jean-Pierre Koffel, pour qui j’ai de l’estime, a constaté l’application de cette interprétation dans la médiathèque où il avait ses habitudes et en a informé la presse. Dans cette maison, il y a eu une grande sagesse de la médiathécaire qui n’a pas procédé à ce type de choses, mais en faisant attention à ce qu’une composante de la littérature étrangère ne prolifère pas d’une façon excessive. En même temps, je voudrais souligner une chose. Dans une ville comme Casablanca, la médiathèque de l’Institut est appréhendée à la fois comme une bibliothèque universitaire, une bibliothèque pédagogique pour le corps enseignant, une bibliothèque pour l’enfance et la jeunesse et une bibliothèque de lecture publique. On ne peut pas être tout cela à la fois dans une ville de 6 millions d’habitants. Nous avons entre 35 000 et 40 000 références, nous enregistrons 178 000 actes de prêt par an. En termes d’ouvrages physiques, nous avons atteint un seuil de quasi-saturation, à la bibliothèque. Il y a donc des choix à faire, et il n’est pas scandaleux, dans ce sens, de privilégier, avec discernement, à la fois la littérature française et francophone et la traduction d’ouvrages étrangers de qualité, et dans lesquels le rôle du traducteur est essentiel.

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