Mariage sahraoui, tout un cérémonial

Mariage sahraoui, tout un cérémonial

Au sud du Maroc, la cérémonie du mariage s’imprègne d’un ensemble d’us et coutumes puisés dans la tradition locale de cette région. Le mariage continue d’être l’un des rites sacrés des Sahraouis. En effet, dans la société sahraouie, les coutumes jouent un rôle primordial. Ces traditions ancestrales héritées par les Sahraouis de leurs ancêtres veulent que le mariage soit solennellement célébré par tous les membres de la tribu. Ces derniers, en signe de solidarité, doivent aider le futur mari à supporter les frais du mariage. Alors, les coutumes sahraouies exigent que lorsque le jeune homme décide de se marier, il doit en informer, dans un premier temps, sa mère qui, à son tour, informe le père de la famille. Il est inacceptable que le jeune homme informe directement son père de ses intentions de mariage. Un tel geste est jugé comme un manque du respect de la part du fils à l’égard de son père.
En cas de l’absence de la mère, un membre très proche de la famille doit jouer ce rôle. Une fois le choix de la future épouse est fixé, une réception est organisée par les familles des deux futurs mariés pour discuter de l’organisation de la cérémonie de mariage, la date de l’acte de mariage. Par la suite, les familles des futurs époux lisent collectivement Sourat Al Fatiha, et les fiançailles sont ainsi solennellement annoncées. Les sages des deux familles et des notables de la tribu doivent assister à cette cérémonie.
«Dans nos traditions, le mariage est l’occasion de retrouvailles entre les membres de la même famille, qui sont obligés d’y assister», explique à ALM Dada Oueld Salem, un sexagénaire sahraoui, et qui a célébré, au mois d’août dernier, le mariage de son fils aîné. Selon ce fin connaisseur des traditions sahraouies, «dans cette partie de notre pays, le mariage démarre par la cérémonie du Mahr ( dot) appelé également Dfouaâ, dont la valeur dépend de la situation sociale et financière de l’époux». «Le Mahr se compose en général de dromadaires, de tissus, des parfums, des bijoux, du sucre…Il constitue une occasion pour montrer à la famille de l’épouse la générosité de l’époux», raconte-t-il. En principe, la cérémonie de mariage dure plusieurs jours en fonction des conditions financières de l’époux. Durant le premier jour, la maquilleuse déploie tout son savoir-faire pour embellir la mariée. Ainsi, les mains et les pieds de cette dernière sont soigneusement décorés au henné.
Après, c’est au tour des yeux qui seront dessinés avec le Kohl, alors que les lèvres seront teintées de rouge très foncé à l’aide du Mesoik, extrait de l’écorce d’un arbre du désert. Par la suite, la mariée se dirige vers la tente principale pour s’asseoir à côté de son mari, sans montrer son visage.
«On doit toutes être à côté de la mariée lors de la cérémonie de mariage. Et ce pour lui apporter l’appui nécessaire et la présenter comme une princesse», dit Mabarka Yadli, une jeune fille de Laâyoune, en ajoutant que toutes les filles de la famille de la mariée doivent l’entourées. La mariée porte une tenue traditionnelle appelée Melhfa qui sert à envelopper toute la partie supérieure du corps. Les bras, les mains et la tête, servant ainsi de voile pour le visage. Pour la circonstance, elle se pare de ses plus beaux bijoux. Pour sa part, le mari sera habillé d’une Derâa, représentant tous les signes de l’élégance. La tenue traditionnelle est une condition sine qua non pour célébrer le mariage dans cette société. Lors de la deuxième journée, la famille de l’épouse offre un plat de riz avec de la viande du dromadaire. La mariée doit en manger une bouchée et demi, et l’autre moitié elle la donne à une autre fille de sa famille qui cherche à se marier. De la troisième à la cinquième journée, on célèbre «Atarawough». Ainsi, les amies de la mariée cachent celle-ci de son mari. Le but de ce jeu est de donner à la cérémonie de mariage une touche d’amusement et d’excitation. En général, la mariée reste cachée dans une tente appartenant à une tribu voisine. Les youyous des femmes, le battement des tambours, les chansons hassanis et les poèmes donnent au mariage sahraoui une beauté assez particulière. Et ce n’est qu’au dernier jour de la cérémonie que les nouveaux époux passent leur première nuit ensemble en tant que mari et femme.
«Nos traditions exigent qu’après l’obtention des cadeaux qui sont le symbole de l’esprit de solidarité et de responsabilité qui prévaut parmi les membres de la tribu, la mariée parte au domicile conjugal. Le septième jour de son mariage, elle doit le passer chez son père, puis elle retourne passer la nuit chez son mari munie d’objets de valeur marquant son départ de la maison de ses parents», explique M Oueld Salem. Ce dernier ajoute que malgré le changement que connaît la vie de la famille sahraouie, avec la sédentarisation de la population, celle-ci garde toujours certains éléments de la vie nomade. Il s’agit notamment  de la tente qui joue un rôle important lors des cérémonies de mariage, soit en l’offrant comme cadeau soit comme endroit qui abrite les invités de la famille. Aujourd’hui, certaines coutumes commencent à s’anéantir, notamment celles consistant à ce que le couple soit de la même tribu. Mais, le mariage sahraoui continue d’être une occasion pour montrer l’hospitalité de ces nomades.

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