Mariam Al Ghrich, 23 ans, réalisatrice

Si nombre de politiciens considèrent aujourd’hui que les enfants d’immigrés ne s’intéressent que peu ou prou à leur société, par ces deux courts-métrages, Mariam démonte cette idée reçue.
Dès sa première production, «Sous-venir», le ton est donné : Melly, sans domicile fixe est une femme seule, perdue et désespérée. Mais, sa rencontre avec un enfant, Arthur, va bouleverser sa vie. A travers cette fiction, la jeune réalisatrice rejette cette société individualiste et transforme les notions de partage, complicité et tolérance, en vertus.
Mieux encore, «Zimbo». A travers la naïveté du regard d’un petit enfant d’un an et demi, Mariam nous fait découvrir l’autre regard du «ghetto». Celui boudé par les médias. Durant 7 minutes, en effet, elle dresse aux spectateurs un portrait différent des cités dortoirs, où tendresse, humour et innocence rompent avec les clichés tenaces : «J’ai tenté de montrer qu’il y a des talents, de la générosité et de la complicité dans les cités, précise Mariam Al Ghrich, tout ce que l’on ne voit pas à travers les médias.» Et d’ajouter : « J’ai voulu sortir des sentiers battus du rap, de la violence et de la délinquance.»
Ainsi, comme nombre de jeunes français, Mariam s’interroge sur les réalités sociales au pays des droits de l’Homme, et ses films en sont les témoins attachants. Mais, plus qu’une autre description du réel où se mêlent poésie et humour, liberté de ton et sens du concret, ces courts-métrages donnent la parole aux «sans-voix». Ils y décrivent leur combat, leurs aspirations ou leur culture. Mieux ils interrogent la société française sur les malaises de la société comme de l’angoisse des jeunes. Si Mariam a trouvé dans son métier une véritable passion, produire et filmer de façon libre et autonome relèvent du parcours du combattant pour qui souhaite sensibiliser le public.
A cet égard, le titre de sa première fiction «Sous-venir» reste évocateur de la difficulté rencontré par les jeunes réalisateurs pour trouver les financements nécessaires afin de créer leur film. Pire encore, pour «Zimbo» Mariam n’a pas hésité à travailler dans une usine pour en financer elle-même la production.
Toutefois, l’ambition, pour cette diplômée en histoire de l’art, ne s’arrête pas là. Bien au contraire puisque de nombreux projets suivent leur cours. Mieux encore, cette persévérante et courageuse Mariam prépare déjà son prochain film : «Si loin des yeux mais si près du coeur» dont une partie sera réalisée dans son pays d’origine, le Maroc. Gageons que celui-ci rencontrera un succès bien mérité ! Certainement à la hauteur du talent de réalisation de cette jeune française… issue de l’immigration.

• Hanane Akorri
Paris

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