Marrakech dans la cour des grands

Disons-le sans demi-mesures. Les organisateurs du Festival International du Film de Marrakech veulent hausser cette manifestation au rang des trois meilleurs festivals de cinéma dans le monde: Venise, Cannes et Berlin. Ils se sont donné les moyens pour réaliser cette ambition. Car tout porte à croire que Marrakech est en voie de devenir un haut-lieu du cinéma mondial. Le volume des films et des activités a doublé depuis l’édition précédente. Un chiffre éloquent : 77 longs-métrages seront projtés cette année, alors qu’il n’y en avait guère plus de 26 pendant la première édition. Lors de la conférence de presse tenue, jeudi dernier, en présence de Jeanne Moreau, présidente du jury, de Daniel Toscan Du Plantier, président du festival, de Nabil Ayouch, membre du jury, André Azoulay, Vice-Président de la Fondation du Festival International du Film de Marrakech, a affirmé que «l’édition 2002 sera une grande édition». Et pour en convaincre les auditeurs, il a décliné les trois axes qui prédisposent notre pays à devenir une terre prospère pour le 7ème art. «Sur le plan économique, l’industrie du cinéma est une réalité que personne ne peut ignorer» a-t-il dit.
Un très grand projet donnera un coup de pouce aux 40 000 figurants qui bénéficient du tournage de films étrangers et aux 5000 techniciens marocains. Le coup de pioche de ce projet sera donné une semaine avant l’ouverture du festival. Ce projet consiste en la création des plus grands studios de cinéma dans notre pays. Une superficie de 200 hectares à Ouarzazate pour des studios créés par deux géants du 7ème art : Fox et Universal qui y ont déjà programmé des tournages de films. Ainsi, le deuxième plus grand budget réservé à la réalisation d’un film dans l’histoire du cinéma mondial sera dépensé en grande partie au Maroc. Un budget de 150 millions de dollars est prévu, en effet, au tournage de «Alexandre le Grand».
Il n’y a guère que «Titanic» qui a battu ce record ! La deuxième mission assignée à ce festival consiste, selon André Azoulay, à conforter et à enrichir le cinéma national en lui donnant les possibilités de concurrencer les meilleurs. Et la troisième optique, chère à André Azoulay, contribue à faire de la «manifestation un vecteur de la promotion de l’image du Maroc». Jeanne Moreau ne l’a pas contrarié. Habillée avec une élégance sobre, elle a fait vibrer la salle avec le timbre chaud, rauque, inimitable de sa voix.
Celle que les photographes ont mitraillé pendant des minutes, portait une veste bleu-ciel, évasée, et une chemise blanche. De grosses lunettes voilaient l’expression de ses yeux aux assistants. Le côté fantaisiste de ce monument du cinéma universel se lisait dans son sac à main. Un sac en jeans, orné de pierres et de paillettes. Jeanne Moreau a dit : «J’ai accepté d’être présidente du jury, parce que le projet tel qu’il m’a été proposé m’a profondément concernée». Elle a ajouté : «Ce festival ne ressemblera à aucun autre, j’en suis sûre !» Venant de la part d’une actrice qui a été plusieurs fois à la tête du festival de Cannes et de Berlin, ces propos atteignent une densité particulière. Parce que Marrakech est certes un grand rendez-vous de cinéma, mais son festival se réclame aussi d’un esprit. Celui de «l’exception culturelle marocaine» comme l’a dit Daniel Toscan Du Plantier. Il espère à cet égard que cette manifestation «aura un effet de contagion sur toute la région». Il a également abondé dans le sens de l’universalité de la manifestation.
C’est un festival international, et il faut le considérer comme tel. Les quatre coins de la planète sont en effet représentés dans la manifestation. Les longs-métrages en compétition officielle sont au nombre de neuf. Ils représentent des pays aussi différents que la Chine, le Bangladesh, les USA, le Japon, la France, la Palestine ou le Royaume-Uni. Le Maroc y sera deux fois présent. D’abord par «Et après», un film de Mohamed Smaïl et par «Au-delà de Gibraltar», un film marco-turque réalisé par Taylan Barman. La liste des participants et des invités est impressionnante. Et réellement peu de festivals dans le monde, y compris les plus grands, peuvent s’enorgueillir de rassembler un aussi grand nombre d’invités de marque.
Côté réalisateurs, il y aura, tenez-vous bien, Martin Scorsese, Francis Ford Coppola et David Lynch. Côté acteurs, le plus adulé de l’Inde sera présent : Aamir Khan. Côté intellectuels, sera présent l’écrivain Abdellatif Laâbi, également membre du jury de la compétition officielle des longs-métrages. Le philosophe français, Bernard-Henri Lévy, s’exprimera quant à lui dans un colloque intitulé «Pouvoirs et responsabilités du cinéma».
Le président de la chaîne Arte, Jérôme Clément, prendra part à ce colloque où sont invités l’écrivain Maurice Druon, Jean Daniel, directeur du «Nouvel-Observateur», Jack Lang, ancien ministre de la Culture en France, et d’autres grands noms encore.
Un hommage sera rendu au comédien marocain Hassan Al Joundi. Les activités prévues pendant ce festival font rêver. Elles ne peuvent que faire de Marrakech la soeur de Venise, Cannes et Berlin.

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