Marsoul al Houb sème la zizanie

Marsoul al Houb sème la zizanie

Toute a commencé après la dernière- et l’une des rares- sortie médiatique de la chanteuse marocaine Hasna (la Marocaine), installée entre Beytouth et le Caïre. C’était il y a deux semaines, dans l’émission Masae El Fen, préparée et présentée par Fatima El Ifriqui. L’artiste avait, entre deux idées et dans un élan de spontanéité très touchant, évoqué la question des droits de la chanson Marsoul El Houb (le messager de l’amour), magistralement composée et chantée par le fantastique Abdelwahab Doukkali et dont le texte revient au parolier Hassan El Mofti. Les propos de la chanteuse, qui a repris la chanson, lui donnant au passage un éclat et une audience internationales se voulaient rassurants. Hasna la Marocaine y a entre autres précisé que la société d’édition et de distribution musicales, à savoir la multinationale EMI, avec laquelle elle était sous contrat, détenait bel et bien les droits de la chanson. Hasna devait sans doute ignorer le tollé que cette simple précision allait susciter. Ceci, pour la simple raison que EMI n’aurait pas lesdits droits. C’est ce qu’affirme le parolier Hassan El Mofti qui n’a pas tardé à réagir. S’estimant lésé, n’ayant pas obtenu ni droit de cité ni indemnités, ce dernier n’a cessé depuis de remuer ciel et terre afin que justice soit faite, faisant en cela valoir ses droits d’auteurs.
Alerté par M. El Mofti, le Syndicat libre des musiciens marocains est vite passé à l’acte. D’abord en entamant une poursuite judiciaire pour plagiat contre Hasna. Ensuite en publiant un communiqué où il dénonce à la fois le piratage dont la chanson a fait l’objet, sans qu’aucune mention ne soit faite de son véritable auteur, et les déclarations de Hasna, faisant état d’une possession par EMI des droits d’auteur de Marsoul El Houb.
Abdelwahab Doukkali ne cache pas non plus sa colère : « Je ne connais pas cette personne (Hasna, ndlr). Elle a repris la chanson sans même chercher à avoir notre autorisation, M. El Mofti et moi-même. Et je n’ai guère apprécié ni la façon dont elle a reprise ni le clip, qui relève plus du folklore que de la véritable dimension, d’ordre philosophique, de cette oeuvre », nous a-t-il déclaré, annonçant par la même que son avocat s’est saisi de l’affaire.
Contacté par ALM, Hasna a eu une réaction pour le moins étonnante : « M. El Mofti a tous les droits de réagir. Mais pour ma part, je tiens à lui assurer que j’ignorais totalement que EMI n’était pas en possession de ces droits. D’ailleurs, moi aussi j’ai été lésée. Je n’ai obtenu qu’une partie de la rémunération que la société me devait. La société qui m’a tout simplement menti en m’assurant que les droits de la chanson lui étaient désormais réservés », assure-t-elle. On l’aura donc compris, EMI aurait doublement péché. D’abord par le plagiat, sans autorisation préalable, de Marsoul el Houb. Ensuite, par le mensonge, n’ayant pas informé la chanteuse quant à la nature frauduleuse d’une reprise qui a fait le tour du monde.
« Je n’allais quand même pas m’aventurer à reprendre une chanson qui, j’en étais sûre, allait marcher. Je vous certifie que je n’ai rien à voir dans cette opération. Je suis une chanteuse professionnelle. Et tout ce qui relève des droits d’auteur fait partie des prérogatives de la société ». Une société avec laquelle Hasna est désormais en rupture de ban. Deux questions demeurent cependant à poser. Pourquoi les supposés ayants droit, à savoir M. El Mofti et M. Doukkali a-t-on attendu tout ce temps avant de réclamer leur droit? Et comment se fait-il que Hasna La Marocaine n’ait pas pris soin de vérifier si elle, finalement, pouvait reprendre ce véritable tube de la chanson marocaine, sachant que l’antenne EMI qui prétend en avoir les droits est basée au Liban ?
En attendant, la jeune chanteuse, s’estimant également lésée par EMI, vient de rompre son contrat pour en conclure un autre. Cette fois-ci, avec la société saoudienne Rotana. Sous la houlette de cette dernière, Hasna est en train d’apporter les dernières retouches à son prochain album, qui sortira début janvier 2005.

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