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Mazini : « Nous sommes une société de frustrés »

Mazini : « Nous sommes une société de frustrés »

ALM : Peut-on dire que votre tout dernier roman «Le jardinier du désert » est une autobiographie ?
Habib Mazini : Je pense que tous les ouvrages littéraires sont quelque part autobiographiques. Dans «Le jardinier du désert », je ne raconte pas ma vie, mais il y a certains éléments dans le roman qui sont autobiographiques, tels que tous les propos qui sont dits sur l’élite sociale.
Il y a aussi mon entourage qui m’influence énormément, d’ailleurs dans ce roman, je fais allusion au patrimoine architectural de Casablanca et je cite des lieux qui font partie de mon quotidien. Mais «Le jardinier du désert» est né surtout pour parler de la place que possède l’intellectuel marocain dans notre société. On remarque que les hommes de culture sont toujours à la marge et souffrent énormément de cette marginalité car ils ne sont nullement reconnus.
Nous sommes dans une société de frustration. Les gens ne peuvent pas s’exprimer librement, ils doivent constamment le faire en catimini. Le poète n’étant pas conformiste souffre plus que les autres. C’est de cela dont il est question dans «Le jardinier du désert ».

« Le jardinier du désert » vient donc comme une révolte ?
Quelque part oui. J’ai voulu parler dans ce roman de toutes les difficultés que vivent les hommes de culture et les intellectuels marocains ? Ils sont constamment pointés du doigt. C’est pour cette raison que j’ai choisi délibérément  un poète comme personnage central de l’histoire.
Le héros, Abdelkrim, poète de sa nature, perçoit son environnement d’une manière différente des autres. Il est insatisfait de sa poésie et veut vivre pleinement son expérience amoureuse. Cependant, il vit dans une société répressive, il y a éternellement des barrières sociales auxquelles il doit faire face. Finalement, il sera conduit au crime. Le premier crime, il le fera par amour, le second pour se venger, et le troisième, ce sera pour l’argent.
La pression sociale fera de lui un assassin. Mais vers la fin du roman, il se livrera à la police, car il aura le poids sur la conscience et son intelligence le pousse à cet acte de la délivrance. Le héros va en quelque sorte payer sa dette.

Avec cette intrigue saisissante, vous revendiquez-vous en tant qu’écrivain de roman policier ?
Si j’ai choisi le style policier c’est pour mieux captiver l’attention du lecteur. Il faut toujours trouver une astuce pour transmettre le message de la manière la plus attirante possible.
C’est vrai que j’ai un penchant vers le polar. Mon roman «La faillite des sentiments »est aussi d’un style policier et il avait eu beaucoup de succès. Mais je ne suis pas un spécialiste des romans policiers. C’est un genre que j’apprécie beaucoup et qui, je pense plaît à un grand nombre de personnes.

Est-ce aussi pour plaire et vendre, que vous avez inclus dans ce roman plusieurs passages sur les relations sexuelles et extra-conjugales ?   
Je ne dirais pas que je le fais spécialement pour vendre, mais j’avoue que ça attise sans aucun doute la curiosité du lecteur. Ça le pousse à lire et à aller jusqu’au bout de l’histoire. J’aimerai souligner que la dimension financière n’est pas très importante.
« Dans le jardinier du désert », le style policier est pour moi un moyen pour revendiquer la place de l’artiste et de l’homme de culture dans la société. C’est un outil pour traiter les questions de bas-fond. Mais si le policier fait vendre c’est tant mieux.

Quelques passages du livre, très imagés rappellent le réalisateur américain Alfred Hitchcock. Dans quelle mesure avez-vous été influencé par ce cinéaste ?
C’est vrai qu’il y a une petite touche cinématographique dans «Le jardinier du désert » qui rappelle Hitchcock.
Ce dernier a marqué toute une génération, quelle soit d’acteurs, d’écrivains ou d’artistes tout simplement.
Si j’ai un style d’écriture très imagé, c’est par ce que j’ai effectué des études de cinéma en auditeur libre en France en parallèle à l’économie. J’ai aussi animé plusieurs ateliers de cinéma et des séances de ciné-clubs.

Vous êtes connu aussi pour avoir publié des contes pour enfants…
Oui, effectivement, j’ai déjà publié trois contes pour enfant et qui sont «Le régne de poussin 1er», « la révolte du 30 février » et le tout dernier «L’œuf de Noé ».C’est une écriture assez spéciale dans la mesure où il y a plus d’exigence à écrire pour les enfants.
Dans le dernier « l’œuf de Noé » j’évoque la question de la cohabitation entre les différentes cultures. Tout cela à travers des petites histoires et des références prises dans le monde animal.

Après “Le jardinier du désert” quels sont vos projets dans le futur proche ?
En ce moment je réfléchis à un projet de bande dessinée pour enfants. L’idée et les textes sont prêts, il faudrait juste trouver l’illustrateur qui veuille collaborer dans ce projet.

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