Médicaments : que prennent les Marocains ?

Médicaments : que prennent les Marocains ?

Si vous pensez que vous prenez trop souvent Doliprane, eh bien, sachez que vous n’êtes pas le seul. Les Marocains sont de plus en plus nombreux à prendre ce paracétamol. Ce dernier, utilisé dans les états fébriles et douloureux et qui est délivré sans ordonnance, devient presque une vedette dans les officines. Selon les données apportées par IMS, un organisme suisse spécialisé dans l’information médicale et reconnu sur le plan international, les meilleures ventes en unités (secteur privé) ont été enregistrées par Doliprane en 2006. Cela donne, en chiffre, 8,6 millions d’unités. Doliprane se trouve ainsi en première position des 20 médicaments ayant enregistré un succès au point de vue des ventes au plus grand plaisir des laboratoires mais aussi des grossisteries. Les ventes de Doliprane connaissent même une augmentation de 12, 6% par rapport à 2005. Et il n’y a pas que ce médicament qui marche aussi bien dans nos pharmacies. Aspegic, antalgique antipyrétique, est tout aussi prisé, puisqu’il occupe la seconde place sur le tableau des meilleures ventes en unités avec un total de 1,8 million. Ce produit pharmaceutique marque une croissance de 10,8% en 2006, par rapport à l’année précédente. Tout comme Doliprane, Aspegic traite la fièvre et les douleurs ainsi que l’inflammation. Ils sont donc presque logiquement les plus utilisés à chaque moment où l’on sent un état de fatigue accompagné de maux de tête et d’une montée de température. Mais si ces médicaments sont devenus la référence de base de l’automédication des Marocains, c’est aussi une question de marketing, puisque leur prix n’excède pas les 30 DH.
La pilule Microdiol et l’antibiotique Amoxil viennent ensuite en troisième et quatrième positions avec respectivement 1,6 et 1 million d’unités écoulées sur le marché marocain, l’an dernier.  Le volume d’augmentation pour Microdiol atteint 9%, alors que celui d’Amoxil arrive à 6,7%. Au top 20 toujours des produits pharmaceutiques, Ventoline et Augmentin se placent avec 1,2 et 1,1 million d’unités écoulées en 2006. En volume de croissance, cela donne des taux respectifs de 7,8 et 8,6%.
Sur les 20 produits pharmaceutiques les plus vendus au Maroc, l’écrasante majorité (15) a réalisé une bonne croissance en 2006. Au top des tops, c’est l’anti-inflammatoire Surgam qui s’adjuge la première position avec une augmentation de 22,4%. Le médicament Amarel, sulfamide hypoglycémiant utilisé pour traiter certains diabètes (non insulinodépendant), arrive en deuxième position avec une augmentation de 21,6%. Le médicament Vastarel qui, lui, est utilisé en prévention des crises d’«angor» (angine de poitrine) ou encore dans certains cas de vertiges et de baisses d’acuité, réalise une amélioration des ventes de 16,3%.
Sur la liste des meilleures ventes en unités, il s’avère, tout de même, que tous les produits du top 20 n’ont pas enregistré une croissance en volumes. Une minorité a enregistré une baisse, l’an dernier par rapport à 2005. C’est le cas de cinq produits dont deux types de laits : Nursie et Nan qui marquent une baisse de volume de respectivement 18,7 et 8,7%. Le Viagra, médicament utilisé pour traiter les troubles de l’érection, a connu une baisse de volume de 5,6% en 2006, par rapport à 2005. Les produits  Neomox et Voltarene (traitant l’inflammation et la douleur), eux, ont connu une réduction de volume des ventes de 3,4 et de 0,7%.
Meilleures ventes riment avec bonnes affaires. Au niveau des chiffres d’affaires, 20 produits de différents laboratoires pèsent gros et même très gros. Le médicament Augmentin décroche la première place sur la liste des meilleures ventes en valeur avec un chiffre d’affaires (CA) de plus de 90 millions de dirhams, soit une augmentation de 8,3% en 2006 par rapport à 2005. Doliprane draine 74 millions de dirhams en CA, entraînant ainsi une croissance de 12,9%. C’est Amoxil qui arrive ensuite avec un CA de plus de 5 millions de dirhams. Au point de vue augmentation du CA, c’est le médicament Amarel qui semble avoir réalisé le meilleur score avec un taux de 24,9%. Il est suivi de très près par Surgam, dont le volume en CA arrive à 22,6%, et de Vastarel avec 20,3%. Sur les 20 produits les mieux vendus, 50% ont réalisé entre 29 et 23 millions de dirhams en CA. Le Viagra, qui se trouvait en vingtième position des meilleures ventes en unités, se retrouve 5ème dans le tableau des meilleures ventes en valeur avec un CA de 36 millions de dirhams, mais en volume, il marque une réduction dont le taux est de 7%.
Les données de l’IMS donnent aussi une répartition des classes thérapeutiques en CA pour 2006. La classe de la «pénicilline» prédomine, suivie de l’antirhumat non stéroïdien, des analgésiques non «narc-antipyr», des aliments infantiles, des antiulcéreux et des corticoïdes. Les classes thérapeutiques qui viennent en dernière position de cette répartition sont les antimycotiques et les diurétiques.
Comment les professionnels marocains évaluent-ils le marché pharmaceutique en 2006 ?
Le président de l’Association marocaine de l’industrie pharmaceutique (AMIP), Omar Tazi, est catégorique : «Ces données ne sont pas suffisantes pour donner une image exacte du marché pharmaceutique au Maroc. Pour cela, il aura fallu inclure tout, y compris le secteur public». Cela dit, le marché pharmaceutique au niveau national est en très bonne santé.
La preuve, ce sont les demandes de plus en plus nombreuses pour décrocher une homologation auprès des autorités concernées. «2006 a marqué, en effet, une grande évolution. Nous avons délivré 261 autorisations pour des produits pharmaceutiques et donné 911 accords de principes en une année. Et c’est énorme !», déclare le Pr. Abdelaziz Agoumi, chargé de la Direction du médicament et de la pharmacie au ministère de la Santé.  
L’Assurance-maladie obligatoire devrait, selon les professionnels, doper davantage la consommation du médicament au Maroc. L’AMIP a mené une étude sur les incidences de l’AMO sur le médicament. Selon celle-ci, l’impact estimé de l’AMO sur la consommation du médicament est modéré (par rapport au total du marché intérieur, hors export). Il se situe entre 7 et 8,8% pour 2006 et sera de 8,7 à  9% pour 2008. Et cette incidence devrait atteindre un peu plus de 10% en 2010.
Les professionnels s’attendent à un bel avenir pour le médicament et ont même proposé la création d’un Observatoire national du médicament. «Aujourd’hui, nous sommes dans la phase de la réalisation d’une étude de faisabilité assortie d’un business-plan qui précise les principes fondateurs, les missions, les structures et le financement de ce projet», indique le président de l’AMIP. L’objectif de l’Observatoire porte sur la définition d’une vision plus claire du secteur. Pour M. Tazi, le Maroc pourra, par ce biais, disposer de toutes les informations nécessaires pour tracer une politique proactive du médicament permettant, entre autres, aux laboratoires pharmaceutiques marocains de mieux encadrer leurs investissements et de réussir la conquête des marchés internationaux. «L’observatoire doit être une structure autonome sans but lucratif relevant soit du Premier ministre, soit du ministre de la Santé. Nous pensons que la volonté des acteurs du secteur de la pharmacie est suffisante pour concrétiser le projet», souligne le président de l’AMIP.

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