Mehdi Qotbi métisse la lettre aux traits des masques africains

Mehdi Qotbi métisse la lettre aux traits des masques africains

«De fibre de plume de bois lisse, revêtir le masque des mots», écrivait Aimé Césaire dans «Ausculter le dédale», un livre co-écrit en 1991 avec Mehdi Qotbi, l’artiste-peintre de la lettre calligraphique arabe. Ce dernier est le seul artiste avec Picasso à avoir fait une rencontre écrite avec le grand poète martiniquais. Dix-huit ans après, Mehdi Qotbi, dit «Messie» par l’actuel ministre de la Culture marocain, métisse la lettre arabe aux traits des masques africains. C’est ce que dévoilent les œuvres de sa nouvelle exposition «Écrits et esprits» qui se tient du 10 décembre 2009 au 8 janvier 2010 à la galerie Loft Art Gallery de Casablanca. «Dans mes œuvres, je me suis aventuré à traduire l’essence de la fusion des civilisations africaines et arabo-musulmanes. Plus qu’une fusion, j’ai voulu peindre une symbiose. Ces deux cultures n’en forment qu’une et c’est la mienne», a-t-il indiqué. Ainsi l’Afrique des masques qui avaient inspiré auparavant des artistes tels que Picasso ou Modigliani et révolutionné l’art contemporain, a séduit Mehdi Qotbi.
Avec la rencontre entre l’abstraction arabesque et les contours des visages et des masques, l’art de Mehdi Qotbi acquiert une dimension figurative. Sa palette est celle d’un continent noir, de sa terre rouge, de sa brousse verte et desséchée, de son soleil jaune, du bleu de son aube, le tout incarné dans des masques à l’expression multiple, une expression tour à tour effacée, révélée, révélatrice et masquée, que la lettre calligraphique arabe redessine et réécrit.
L’artiste explore et fait voyager celui qui contemple de près sa toile dans les profondeurs des deux cultures et civilisations, arabe et africaine, deux cultures universelles historiquement et spirituellement liées qu’il fusionne jusqu’à l’union. Mehdi Qotbi est en cela le premier artiste-peintre arabe à avoir osé consciemment cette fusion. «Terre des ancêtres», «Écrits et esprits», «Fleuve de l’âme», «Palabre», «Clameur des esprits», «Clameur de l’aube», «Brouillard des âmes», «Forêt des esprits», «Danse des masques», «Rivières» sont autant de titres des œuvres de la nouvelle exposition de Mehdi Qotbi. Il y peint l’Afrique telle qu’il l’a rêvée, imaginée, «cette terre de la vie et de l’espoir» comme il la qualifie lui-même. Mehdi Qotbi a toujours été passionné par l’Afrique. Déjà en 1986, Mehdi Qotbi avait illustré un recueil de poésie de Léopold Sédar Senghor, le père de la négritude. Aussi dans l’exposition «Écrits et esprits», il rend aussi hommage à Aimé Césaire dont il avait fait la connaissance il y a vingt ans. «L’œuvre de Mehdi Qotbi est elle-même un jeu mystérieux et ostensiblement supérieur avec la calligraphie, une manière de transcender le langage en faisant miroiter la poésie physique des lettres», souligne Frédéric Mitterrand, le ministre de la Culture français qui a préfacé la présentation de l’exposition «Écrits et esprits». Pour sa part, Bensalem Himmich, le ministre de la Culture a écrit : «La peinture de Mehdi Qotbi a toujours eu une forte dimension spirituelle et un air de lévitation qui invitent les visiteurs avertis à répondre par l’affirmative à l’appel de Pablo Neruda : «Monte et nais avec moi, frère».

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