Mohamed Brini, journaliste d’abord

Mohamed Brini, journaliste d’abord

Mercredi 15 novembre 2006 à 15h30. Silence religieux dans les locaux de la rédaction de "Al Ahdath Al Maghribiya", une véritable fourmilière où les chefs de service s’activent à boucler l’édition du lendemain. La veille, c’est le patron de la boîte qui recevait un prix honorifique décerné par ses pairs et récompensant des décennies de dévouement au service de ce que les confrères de la presse arabophone appellent "Mihnat Al Mataîib".
Mohamed Brini n’aime pas les "Monsieur le directeur". «Je me suis toujours considéré d’abord comme journaliste», proteste-t-il en s’éloignant de son bureau garni de journaux. Prix honorifique ? «C’est une responsabilité et je ne sais pas si je le mérite ou pas. De toutes les manières, je dois encore beaucoup travailler pour le mériter», réplique M. Brini. La presse écrite au Maroc suscite des interrogations continues chez celui qui a été parmi les premiers à oser l’aventure de la presse indépendante. «Nous sommes peut-être dans la phase la plus difficile pour le secteur et cela me rappelle quelque part le passage du cinéma à la télévision», ajoute celui qui a eu à vivre mille et une transitions, du plomb et des linotypes au temps réel et aux réseaux. D’autres transitions, ce papa de quatre filles en a vu d’autres et parfois pas faciles du tout. Mais qui est toujours resté intransigeant quand il s’agit d’indépendance. «L’avenir est à la presse indépendante et cela a toujours été ma profonde conviction», affirme ce "grand frère" des journalistes qui ont eu à le côtoyer; soit des générations de professionnels dont certains ont fini par s’imposer sur la scène nationale. «Le devoir du journaliste est de contribuer à animer le débat, c’est quelqu’un qui produit des valeurs et qui s’adresse à un public», relève celui que le qualificatif d’"éradicateur" (cher aux islamistes) n’effraie nullement. «Quand on me taxe ainsi, cela ne me fait aucun effet. Surtout que je défends les valeurs de tolérance et que je suis contre le fanatisme et l’obscurantisme», affirme Mohamed Brini qui se proclame de la gauche, mais nie toute appartenance politique. USFP ? «J’ai réussi à mettre une distance entre mon travail et mes sentiments», explique celui qui affirme avoir toujours refusé d’être "candidat à une élection quelconque", mais qui ne renie aucun de ses engagements.
Jaloux de l’indépendance des journalistes, Mohamed Brini a mené bien des batailles. Tout le monde se rappelle l’épisode de la tension avec les "fkih-basristes" au sein de la presse USFP. M. Brini claque la porte en juillet 1995 quand c’était devenu "non jouable" et qu’on a essayé de remettre en cause la distinction entre le professionnel et le politique à laquelle il tenait.
Loin est le temps où, en 1972, avec un certain Khalid Alioua, entre autres, Mohamed Brini s’engageait à "Libération". Il en était le coordinateur vu qu’il était le seul permanent. A la sortie de "Al Moharrir", en 1974, il est appelé à une mission encore plus ardue, les képis aux portes de l’imprimerie et les interdictions successives. Lui, il n’a jamais jeté l’éponge. Et il réussit surtout à contribuer à faire de la presse USFP une composante incontournable du champ journalistique marocain.
Après un "décrochage" de quelques années, Mohamed Brini récidive, en octobre 1998, avec "Al Ahdath Al Maghribiya" et entame une nouvelle aventure. A 63 ans, serein au regard scrutateur (personnage de BD, il aurait été accompagné d’une bulle avec plein de points d’interrogation !), il a livré d’autres batailles et se dit toujours disposé à en livrer. Son meilleur moment de la journée, avoue-t-il, est lorsqu’il apprend qu’un article de "Al Ahdath" a contribué à résoudre un problème ou fait bouger une commission d’enquête. Le pire de tous est celui où il apprend que son journal "a commis une erreur" ou  a été à "côté de la plaque". En journaliste "jusqu’au-boutiste", impossible de mettre la main sur Mohamed Brini au-delà de 16 ou 17 heures. A moins de l’accompagner à l’imprimerie où il supervise le reste du processus. Un processus où l’on se retrouve au point zéro une fois l’édition du jour dans les kiosques.

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