Mohamed Majd : «Il faut défendre notre cinéma»

Mohamed Majd : «Il faut défendre notre cinéma»

ALM : Vous êtes fidèle au Festival de Marrakech, et un hommage particulier vous sera rendu cette année. Quel regard portez-vous sur l’évolution de cet événement cinématographique ?
Mohamed Majd : Je pense que le festival a très bien évolué. Cet événement cinématographique d’envergure a connu plusieurs changements qui sont aujourd’hui très prometteurs pour son avenir. Au départ, ce festival était contesté par plusieurs acteurs et réalisateurs marocains.Ils sentaient une sorte de marginalisation de la part des organisateurs. Je faisais partie également de ceux qui étaient mis à l’écart. À plusieurs reprises, des films dans lesquels j’ai interprété des rôles importants étaient projetés en compétition officielle. La moindre des choses aurait été de m’installer dans des sièges proches du podium. Mais on m’envoyait complètement à l’arrière, et précisément au balcon. Il y avait des bavures de ce genre qui me rendaient triste.

Pensez-vous qu’aujourd’hui le tir est rectifié ?
On dirait que c’est le cas. En tout cas, l’hommage qui me sera rendu ne peut que me faire plaisir et c’est une façon pour les organisateurs non seulement d’avoir mon pardon, mais aussi celui des autres acteurs et réalisateurs marocains.
C’est une sorte de reconnaissance du mérite de ceux qui ont œuvré pour le développement du septième art au Maroc.

Vous avez souvent été primé pour votre interprétation dans plusieurs films marocains et étrangers. Quel est, selon vous, le profil d’un bon acteur de cinéma ?
A mon avis, un acteur doit faire beaucoup de sacrifices. Un bon comédien doit savoir choisir les rôles qui lui sont proposés ; c’est vrai qu’au Maroc, il est  difficile d’imposer ses critères qualitatifs de sélection, mais ce n’est pas une raison pour accepter n’importe quel rôle dans n’importe quelle production. Il faut savoir respecter ses principes pour ne pas encourager la médiocrité.

Vos rôles au cinéma sont nombreux, mais quel est le film qui a suscité en vous le maximum d’émotion ?
Certains rôles représentent énormément pour moi. Je peux citer les rôles que j’ai campés dans «Mille mois» de Faouzi Bensaïdi, «Les chemins de l’oued» de Gaël Morel et «Le jardin d’Eden» d’Alessandro Aledanto. Par ailleurs, il y a un film franco-marocain à travers lequel j’ai ressenti beaucoup d’émotion. Il s’agit du long-métrage «le Grand voyage» d’Ismaël Ferroukhi. Au départ, j’avais eu peur du scénario.
Le rôle qui m’a été attribué était très difficile. Il fallait interpréter un personnage à l’intérieur d’un espace fermé. Il fallait réussir le face-à face du père et du fils. J’avais peur de ne pas réussir cette phase cruciale dans le film et qui est, en fait, une scène d’importance capitale. Elle est la pièce maîtresse du film.

Avant de vous lancer dans le cinéma, vous avez commencé votre carrière au théâtre et à la télévision. Pourquoi refusez-vous actuellement de figurer sur les productions télévisuelles ?
Durant les années 60, j’avais beaucoup de chance puisque j’ai participé à la genèse de la télévision marocaine. Je venais tout juste de retourner de France où j’avais effectué des stages de théâtre au Conservatoire de Paris. J’ai donc joué dans le premier téléfilm marocain intitulé «Sacrifices». C’était une expérience très enrichissante. Mais, par la suite, j’ai été obligé d’accepter ce qu’on me proposait. Les scénarios des téléfilms n’étaient pas du tout satisfaisants. C’est pour cette même raison que les spectateurs, ont pu sentir que je prenais mes distances de la télévision.

Vous avez assisté à la genèse du cinéma marocain. Pensez-vous qu’il y a aujourd’hui une émulation dans le septième art ?
Le cinéma marocain a changé de cap depuis l’an 2000. On commence à assister à la naissance d’un nouveau genre cinématographique. Mais en parallèle, et ce qui est malheureux, il y a fermeture des salles obscures. J’ai personnellement mal au cœur lorsque j’entends dire qu’il y a un cinéma qui ferme ses portes. Avec les nouvelles sources de diffusion de la culture, le foisonnement des chaînes satellitaires et de la piraterie, il faudrait trouver une solution pour mettre fin à cette catastrophe. Si on ne bouge pas, on risque de se retrouver, dans dix ans, avec une seule salle obscure. Il faut défendre notre cinéma.

Avez-vous des projets en vue ?
Actuellement, je campe le second rôle dans le film en cours de préparation intitulé «Les jardins de Samira» de Latef Lahlou. J’y joue le personnage d’un handicapé. C’est un rôle nouveau pour moi et il me tient à cœur. Il y a d’autres projets pour cette année 2007. Je citerais pour le moment film «En attendant Pasolini» de Daoud Oulad Syad.

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