Mohamed Nabili, l’artiste engagé

Mohamed Nabili, l’artiste engagé

«Enfant de la rue ». Mohamed Nabili veut bien dévoiler sa plaie. La nôtre aussi. C’est une tache noire sur le front de notre société. L’artiste-peintre n’en parle pas en désespoir de cause, il veut bel et bien contribuer à la gommer. En vrai militant de la bonne cause, il s’est lancé depuis quelques années un défi : construire à Benslimane, sa ville natale, une fondation à laquelle il a donné le nom « Imaginaire de l’enfant dans les arts plastiques ». « Cette fondation est basée sur ma propre expérience, puisque je suis venu par hasard à l’art. Il m’a fallu beaucoup de patience pour faire ce que je voulais faire. J’ai pensé à créer cette fondation pour éviter justement aux enfants doués pour les arts plastiques toutes sortes de barrières susceptibles de se dresser devant eux », nous dit-il. Nabili en parle avec une fierté mêlée d’un brin de dépit. « J’ai à peine fini la construction des locaux de cette fondation, mais avec un paquet de dettes ». Un acte de pur volontariat, qui n’aurait d’objectif autre que le service d’une cause à laquelle il tient comme à la prunelle de ses yeux : aider les enfants doués à s’épanouir. « Un enfant qui est doué n’a pas besoin qu’on lui fasse gober un ensemble de matières qui n’ont rien à voir avec son don ou ce qu’il aime faire. Car le plus important, à mon avis, pour obtenir un citoyen positif, ou un artiste positif, il faut prodiguer simplement une culture générale et l’art dans sa véritable dimension », explique-t-il. Avec cette fondation, Nabili aura réalisé un grand rêve. Et, du coup, pris une sacrée revanche sur une injustice qu’il a subie dans sa propre chair. Maintenant, d’où est venue cette vocation ?
Né le 4 août 1952 à Benslimane, Nabili n’aura pas eu droit comme les autres enfants à sa part de « tendresse parentale ». Orphelin de mère et de père, il a d’abord grandi dans un orphelinat. Puis vient une période de vagabondage dans les rues de Benslimane. Décidément, un enfant comme lui n’aurait pas pu résister à un sort aussi inclément. Mais voilà, Nabili n’a pas cédé à ce destin-là. En 1973, il réussit son baccalauréat. Après, c’est en France qu’il est allé poursuivre ses études supérieures. En 1974, il s’inscrit à l’Ecole d’Art et d’Architecture de Marseille. Trois années plus tard, il a obtenu son diplôme. Détour par Paris, pour des études approfondies en arts plastiques à l’Ecole Quai Malaque. Simplement, « la vie frénétique à Paris ne m’a pas plu », dit-il. Alors cap sur Aix-en-Provence. Là-bas, raconte Nabili, « j’ai doublement travaillé. Je me suis inscrit à l’Ecole des Beaux-Arts pour préparer un diplôme supérieur en arts plastiques et en même temps je me suis inscrit à la Faculté des lettres et des sciences humaines pour compléter ma formation ». Ce cursus sera couronné d’une licence en arts plastiques, « ce qui m’a permis de me détacher complètement de ma vie estudiantine pour me consacrer à la peinture et aux voyages ». Une fois le diplôme en poche, Nabili mit le cap sur le Pérou où il a passé deux ans de sa vie, puis au Mexique (six mois), ensuite aux Etats-Unis (1 an). Après ses pérégrinations en Amérique latine, et dans l’Amérique du Nord, retour en France pour deux mois de travail, avant de lever l’ancre vers le Danemark pour commencer un travail comme peintre sur porcelaine. Deux ans plus tard, Nabili réintègre la cité phocéenne (Marseille) où il a commencé à travailler comme maquettiste pour un journal qui s’appelle « L’Affiche ». Un an après, Nabili décroche un poste de professeur à l’Ecole des Beaux-Arts d’Aix-en-Provence. Après pratiquement un an d’enseignement, il a démissionné pour se consacrer uniquement à son travail de peintre. En 1992, Nabili est rentré définitivement au Maroc. Ce retour ne devait rien au hasard, l’artiste avait deux objectifs : amener d’abord son savoir-faire dans son pays natale, puis créer une fondation destinée à alimenter l’imaginaire des enfants doués pour les arts plastiques. Après une lutte acharnée, Nabili a réussi en vrai jusqu’au-boutiste à réaliser ces deux objectifs. Il offre ainsi le joli exemple de l’artiste engagé.

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