Mohamed Sabila : «La modernité tente de s’emparer de particularités et de coutumes pour les faire évoluer»

Mohamed Sabila : «La modernité tente de s’emparer de particularités  et de coutumes pour les faire évoluer»

Entretien avec Mohamed Sabila, Penseur marocain

Le penseur marocain s’est vu consacrer une conférence autour de ses œuvres intellectuelles lors du 39ème Moussem
cuturel d’Asilah. La volonté des initiateurs étant de lui rendre un hommage. ALM est parti à sa rencontre pour en savoir plus.

ALM : Qu’est-ce que cela vous fait-il de recevoir un hommage au 39ème Moussem culturel international d’Assilah organisé récemment ?

Mohamed Sabila : Cet hommage abonde dans le sens de la culture de reconnaissance et de gratitude. Il s’agit d’une nouvelle culture qui tend à se répandre dans notre pays. Pour me rendre hommage, mes étudiants et amis dont le président du forum d’Asilah ont pris l’initiative d’organiser une conférence. Celle-ci a été consacrée à mes œuvres intellectuelles ainsi qu’à mon parcours à l’université. C’est, selon leurs dires, une reconnaissance aux services intellectuels et humains que j’ai présentés à la scène culturelle et intellectuelle. Ainsi, cette initiative est louable au niveau humain. Lors de la conférence, les chercheurs participants ont fait des interventions autour des sujets d’actualité en philosophie marocaine. Celles-ci se sont articulées en deux idées dont la modernité.

Quelle définition faites-vous de la modernité ?

C’est un concept universel, autrement dit toutes les cultures l’admettent unanimement. Ce concept qualifie également la civilisation de ce monde. La modernité porte plusieurs sens dont celui historique qui signifie le passage du pré-modernisme à un nouveau système social, politique et culturel basé sur les concepts de la science moderne. Dans cette lignée de modernité, il existe également des mutations au niveau politique. C’est le cas du passage d’un système politique fondé sur la légitimité religieuse ou traditionnelle à un autre basé sur la légitimité représentative. Ainsi, la modernité serait l’ensemble des mutations sociales, politiques, scientifiques et culturelles survenues à partir de la renaissance en Europe ou la première révolution industrielle en 1750 à aujourd’hui. La modernité est également l’ensemble des mutations survenues dans le monde et qui ont changé un grand nombre d’idées.

Qui dit Mohamed Sabila, dit pensée moderniste. Que pensez-vous de ce rapport entre votre nom et la modernité ?

A vrai dire, l’idée de modernité est centrale dans la philosophie européenne et mondiale. A son tour, la philosophie marocaine, nouvellement née, y a porté un intérêt en réservant une pensée aux mutations au Maroc. C’est le cas des changements survenus depuis la colonisation à ce jour. Il s’agit des transformations en coutumes et politiques entre autres. L’idée de modernité est également centrale chez Mohamed Abed El Jabri, Abdellah Laroui et Abdelkrim El Khatibi ainsi que tous les philosophes ou sociologues marocains. Quant à mon rapport à la modernité, il s’est établi à travers l’école philosophique marocaine, qui a innové et tenté de s’approprier ce concept. C’est ce qui fait sa particularité.

Pourrait-on parler de rejet de la modernité au cas où elle est associée à l’authenticité ?

Lorsque la modernité intègre un pays déterminé, elle crée un ébranlement intellectuel et en coutumes. C’est pourquoi les catégories traditionnelles dans la société réagissent par le développement de l’idée de particularité en avançant l’idée de société ayant une histoire et des us. La particularité est une autodéfense créée par une civilisation ou société déterminée après avoir fait l’objet de modernité. Cette question de particularité est jalonnée de débats. Certains estiment d’ailleurs que la modernité ne peut réussir qu’en adoptant une certaine particularité préparée à accepter la modernité. Elle est, cependant, nécessaire aux yeux des historiens et des philosophes. Dans l’ensemble, la modernité tente de s’emparer de particularités et de coutumes pour les faire évoluer. La relation entre la modernité et la coutume demeure quand même complexe et épineuse.

Que pensez-vous de la philosophie aujourd’hui ?

Depuis ses débuts dans les années 60 et 70, la philosophie au Maroc est rentrée dans le combat social parce qu’elle a été impactée par les mutations survenues notamment dans le 20ème siècle, ainsi que par les principales révolutions. Chose qui s’est répercutée sur la philosophie en tant que matière enseignée. En baccalauréat, le manuel de philosophie conçu sous la supervision d’El Jabri comprenait des idées novatrices et modernistes. Mais vu le conflit qui persistait à un moment lors de l’ère précédente entre les mouvements progressistes et le système politique, celui-ci prenait la philosophie pour arme exploitée par la gauche.

C’est pourquoi l’ancien système s’est allié aux forces traditionalistes afin de régir l’existence de la philosophie. Celle-ci est ainsi rentrée dans le conflit politique et a joué un rôle principal en modernité. Chose qui caractérise l’école philosophique marocaine qui appelle à penser à la modernité, voire à moderniser la société et la pensée. Autrement dit, il ne suffit pas d’être un récepteur de la modernité, mais de penser à celle-ci en l’admettant et en y adhérant.

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