Mondial : café et spectacle pour tout le monde

Mondial : café et spectacle pour tout le monde

Mercredi après-midi. La terrasse du café "Khansa’e", situé en face du cinéma "Lynx" au centre- ville de Casablanca, est quasi déserte. Seulement deux tables sont occupées. Le reste est vide. À l’intérieur, ce petit café affiche complet. Cet après-midi, les amateurs du ballon rond attendent avec impatience le derby arabe Tunisie-Arabie Saoudite. Un match comptant pour la Coupe du monde 2006 qui se déroule actuellement en Allemagne. Ce café, à l’instar des autres, a misé sur les matches de la Coupe du monde pour augmenter son chiffre d’affaires. Le gérant du café s’est ainsi procuré un abonnement au bouquet arabe ART. Son café n’est pas habitué à attirer un grand nombre de clients à cause de son emplacement, mais surtout de sa petite superficie. Le gérant, lui, ne s’en réjouit pas moins. En achetant une carte ART, il s’attendait à mieux. Pour lui, les Marocains ne s’intéressent pas beaucoup à cette compétition.
«Il n’y a pas de grand engouement pour le Mondial cette année. Le nombre de clients qui viennent regarder les matchs sont peu nombreux. Le peu de gens qui viennent dans notre café prennent une consommation, puis restent pour voir au moins deux matchs», lance-t-il avec ton peu enthousiaste.
Ce qui n’est, d’ailleurs, pas le cas du gérant du café "La Loge". Un café se trouvant lui aussi dans le centre-ville de la métropole. Les clients sont nombreux. Le gérant ne cache pas son sourire. Les affaires marchent. Et le Mondial n’a fait que doper l’activité de ce salon de thé assez branché. En raison du match choc Tunisie-Arabie Saoudite, il est difficile de trouver une chaise libre.
«Les gens ne viennent pas ici uniquement pour suivre les matchs, mais aussi pour profiter du cadre agréable que leur réserve "La Loge". Nous avons nos propres clients qui veulent en avoir pour leur argent», affirme le gérant.
Cela fait une semaine que la grand-messe du foot a débuté en Allemagne. Même si le Maroc n’y prend pas part, les Marocains, eux, suivent avec grand intérêt les rencontres de cette grande manifestation sportive. Un rendez-vous tant attendu dans tout le Royaume. Compréhensible ! On est bien dans un pays où le football demeure le sport national par excellence. Mais cette fois, les choses ont tourné autrement. Les deux chaînes nationales n’ont pas pu arracher les droits de transmission détenus par le groupe du Cheïkh Saleh Kamel. D’où le flux important de consommateurs que connaissent les cafés. Le fait que la TVM et 2M n’ont pas pu transmettre les rencontres du mondial 2006 n’est pas la seule raison qui explique cette montée en flèche de la clientèle des cafés. Il y a aussi le problème du timing des rencontres. Il est difficile donc d’imaginer les gens rentrer chez eux pour voir un match se déroulant à 16h. Sans oublier, bien sûr, l’ambiance qu’offrent les cafés. Voir un match dans un café, entouré d’amis, reste un véritable plaisir. En plus, chacun ayant son «camp», les taquineries vont bon train. Les petits paris aussi. 
Lorsque la Tunisie et l’Arabie Saoudite disputaient leur match, les cafés du centre-ville, qui transmettaient la rencontre, étaient presque tous pleins à craquer. Et il a suffi que l’Arabie Saoudite égalise pour que tout le centre ville soit secoué par les cris des "télé-cafés-spectateurs". C’était l’effet de surprise ! Personne ne s’attendait à ce résultat. Une dent contre le Onze tunisien ? il y avait de cela aussi…
«Le bon côté du mondial 2006 reste le suspense. Nous les Marocains, sommes de véritables drogués du ballon rond. On aime voir des matchs où les buts arrivent au moment où l’on s’y attend le moins», avance un jeune spectateur au sortir d’un match où son équipe favorite, l’Espagne, venait d’étriller l’Ukraine par 4 buts à zéro.
Ce ne sont pas uniquement les cafés qui ont attrapé la fièvre du Mondial. Même la chaîne de restaurants Mc Donald s’y met. Les restaurants du spécialiste du fast food "made in USA" ont été équipés, eux aussi, d’écrans géants permettant aux amateurs de hamburgers-frites-Coca de voir des matches tout en mangeant à l’américaine. En plus, cela semble être une bonne parade pour les papas tenus par des promesses envers les petits.
L’"Annexe", un pub sur le boulevard Gandhi, lui, s’est complètement métamorphosé en optant pour un look spécial "Coupe du monde". Les serveurs sont vêtus de maillots bleu/blanc où figurent leurs noms. À L’"Annexe", les clients peuvent suivre les matchs sur des écrans plasma grand format.
Tout au long de la journée, un affichage fait allusion à toute la programmation de la coupe du monde. Et un éclairage lumineux sous forme de ballon, annonce : «ne ratez pas les matchs de la coupe du monde».
Changement de décor. Direction les quartiers populaires où les cafés sont toujours pleins, mondial ou pas. De Derb Ghallef à Derb Soltane en passant par Hay Mohammadi et Bernoussi, les cafés, c’est le business qui marche le mieux. Avec le mondial, ils sont plus que remplis. Les propriétaires des lieux se voient souvent obligés d’enlever des tables pour permettre aux clients de trouver place. À Derb Soltane, le café "Hibri" a trouvé une formule originale pour pouvoir à la fois gérer le flot de spectateurs et augmenter les recettes.
Pour voir un match dans ce café, situé sur le boulevard Mohammed VI (ex-route médiouna), il faut prendre un ticket. C’est le garçon lui-même qui en assure la vente. Manière de vaquer à son activité tranquillement et ne pas avoir à surveiller ses clients à la fin du match. Lui aussi, à sa façon, applique le pay-per-view ! Les prix varient selon l’importance du match. Pour un match comme celui qui opposait la Tunisie à l’Arabie Saoudite, le ticket coûte dix dirhams. Et pour les autres matchs, il faut payer huit dirhams. La consommation en temps normal frôle les cinq dirhams. "Hibri" ressemble plus à une salle de projection qu’à un café. Il y a plusieurs chaises et seulement quelques tables. Après avoir acheté leurs tickets, les clients sont obligés de tenir leur tasse de café ou leur limonade dans leurs mains. Cela ne semble pas les déranger. «Après tout, c’est très bien. Au lieu d’acheter un abonnement, on vient au café pour voir le mondial. Ça coûte moins cher, en plus on a droit à une bonne ambiance. Chose qu’on ne peut pas trouver chez soi. En plus, on ne paie que le prix des matchs qu’on désire voir», assure un habitué.
Le ticket n’est valable que pour un match. Après chaque rencontre, le garçon du café fait le ménage. Et puis ça repart pour un autre tour !
À l’exception des tickets, l’ensemble des cafés se trouvant dans les quartiers populaires ressemble à "Hibri". Ainsi au Hay Mohammadi et plus précisément à Derb Moulay Cherif, le fameux café "Saâda" vire une grande partie de ses tables au profit des chaises. À "Saâda" comme à "Florida" ou encore "Tayssir", les prix de la consommation connaissent une légère augmentation.
Mais contrairement au centre-ville, ou encore aux quartiers chics, ici l’ambiance est très animée. Les gens se connaissent et aiment partager dans la convivialité les moments forts du mondial. Pour la majorité des cafés, les propriétaires ont dû forcer un peu sur la dépense pour acquérir un nouveau téléviseur. Les cafetiers comme les magasins d’électroménager aimeraient avoir un Mondial chaque année. Encore trois semaines de plaisir et d’affaires. En attendant le Ramadan…

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