Mosquée de Taza : Harmonie parfaite entre le religieux et l’architectural

Mosquée de Taza : Harmonie parfaite entre le religieux et l’architectural

Carrefour stratégique et passage inéluctable pour les armées et les commerces, la ville de Taza a assumé par le passé la délicate mission de contrôle et de bastion. Dominant un point culminant d’une montagne qui lui confère l’avantage  d’être à l’abri des attaques surprises et de servir de point de départ  pour les conquêtes des Almohades et des Almoravides, Taza la farouche vit paisiblement sa fierté historique grâce notamment au monument qui l’a perpétuée : «Jamâa Lakbir».
Lieu par excellence de prédication  et de recueillement la mosquée a de tout temps joué un rôle primordial dans la propagation du savoir et de la science. La grande mosquée «Jamâa Lakbir» de Taza (1142)  est la troisième mosquée qui nous est restée de la dynastie des Almohades. Un exercice grandiose de styles qui allient le raffinement de la tradition architecturale andalouse et  la sobriété élégante des bâtisses locales. L’art almohade est pérennisé grâce à des édifices telles que la mosquée de Tinmel  1152 (mosquée archétypale de la dynastie almohade), la grande mosquée de Cordoue, la Koutoubia de Marrakech 1120, la Giralda de Séville 1195, la Tour Hassan 1199. L’architecture pivote en nefs perpendiculaires vers la « Kibla » avec un magnifique décor d’arcs sous forme de fer à cheval polylobé  couronné d’une infinité de demi-cercles en ellipse D’autres arcs sont soit  aplatis ou  arrondis, enfoncés ou, extradossés, éclatants ou  infléchis, frontaux  ou, mouvants, permutés  ou  serpentaires ou  tréflés  de calligraphie qui fait la spécificité de l’art musulman.
La beauté de la construction est apparente dans les constituants de son architecture. Ainsi  matériaux  de construction, piliers, arcs, coupoles sont des mages décoratifs pour marquer la différence entre les lieux communs et les lieux de spiritualité.  Les colonnes doivent être gigantesques surmontées   d’arcs à claveaux peints en blanc mais qui alternent plusieurs effets de style et couleurs qui fixent le mélange des couleurs  basiques.
Le tailloir  est finement ciselé tout en  renforçant  la saillie pour supporter le linteau placé au-  dessus des colonnes, une des caractéristiques de l’architecture andalou-mauresque. Souvent sobre, il s’élargit le plus souvent pour supporter les arcs en plein cintre, très utilisés par les architectes marocains. Il est aussi secondé dans le support de charge par l’imposte partie en saillie couronnant le pied de l’arcade et soutenant l’archivolte. 
La mosquée est constituée de quatre parties : la salle de prières compte quatorze enclines et  neuf nefs, neuf portes lui assurent une luminosité jour et liaison permanente  avec toutes les ruelles de l’ancienne médina. , des chambres avoisinantes pour l’apprentissage du Coran ainsi qu’une bibliothèque cadrent l’espace en habitations se rapportant à la mosquée. Des lutrins pour la lecture du Livre Saint ainsi que de pupitres pour ranger les chaussures forment des parallèles avec certaines colonnes de l’intérieur.  Une vaste cour «Sahne» plantée d’une vingtaine d’arbres  essentiellement des orangers avec deux fontaines dédiées aux ablutions placées au centre. Le minaret, le prototype même de l’art almohade, est d’une rare simplicité mais solide comme le roc des montagnes avoisinantes, sobre mais beau dans sa simplicité et la précision de ses mesures.
Ceci dit ;  c’est le lustre de la mosquée qui fait la fierté des habitants de cette ville et qui est prisé à juste titre par tous les visiteurs de Taza. «Ana touraya lati taza biya ftakharat» est le début d’un long poème lyrique  qui met en exergue la spécificité d’un lustre qui a résisté aux aléas du temps. Tous les élèves tazis l’ont mémorisé et  récité comme refrain épique   évoquant l’époque où Taza jouait un rôle d’avant garde dans le système militaire des Almohades. Dans cette ville au tempérament chevaleresque  «Jamâa Lakbir» témoigne à lui seul  et en particulier le lustre importé d’Andalousie à la suite de la bataille d’Alarcos qui est une éclatante  victoire militaire des troupes de Yacoub El Mansour (1195); de l’importance qu’accordait les Marocains aux objets rares. En son temps il était le plus grand lustre de l’Afrique du nord.
Telle une soucoupe volante suspendue au temps, le lustre imposant dans sa forme et son poids (3200 kilogrammes) fut donc importé lors de cette épopée. Il est singulier par sa forme et sa taille de sphère conique constituée de dix cercles hyperboliques  en coniques dégénérées et  droites sécantes servant de support aux centaines de lampes qui ornent et illuminent la voûte centrale de la mosquée. Les livres d’histoire parlent de 514 goulots servants de réservoir à l’huile illuminante lorsqu’il était acheté à 8 000 dinars en or.  Une centaine de luminaires sont encore en place et méritent une attention particulière. Les actuelles lampes portent préjudice à une telle bronzerie. Ce lustre unique en son genre est suspendu au dôme par une longue hampe,  elle aussi en bronze ponctuée de fioritures aux formes sphériques extrêmement contournées de fines décorations qui lui confèrent des proportions plus géométriques et accentuent les traits circulaires de toute l’architecture de la mosquée.
Cette merveille de la bronzerie musulmane est constituée de trois éléments : la hampe, en bronze de charme mesurant deux mètres. Elle fixe le lustre à la  pénombre centrale de la mosquée ; Les plateaux gradués en forme de  cones  finement ciselées  dont les bords sont sectionnés d’anfractuosités pour conforter la dimension optique des encoignures. Les  godets à huile qui surmontent de quelques centimètres la base cylindrique confèrent à la décoration générale son aspect singulier.

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