Mouna Hachim, cette voix qui nous tient

Mouna Hachim, cette voix qui nous tient

Il se lit. L’appréhension des premières lignes est vite surmontée par un livre attachant. Une histoire sans littérature, mais qui capte l’intérêt du lecteur. Le récit le tient en haleine, qu’il fasse partie de la communauté dont se réclame le narrateur ou non. D’emblée, les pages défilent les unes après les autres, sans que l’esprit du lecteur ne se surprenne à papillonner. Le principal attrait du livre de Mouna Hachim, c’est qu’il est attachant. La voix du narrateur empoigne le lecteur. De quoi s’agit-il dans le premier roman de Mouna Hachim ? L’auteur s’en explique dans l’avant-propos : “Moi, Mina, fille de cette plaine, libre et sans obstacles, je m’apprête à vous raconter des fragments de destin, banals et singuliers, de quelques enfants de la Chaouia“. Le lecteur pense d’abord que la Mina s’est urbanisée et a fait subir une évolution à son prénom : Mouna qui sent moins le foin et la terre. Ce lecteur pense qu’il est invité à entrer dans un récit autobiographique. Il renonce vite à cette impression, puisque le principal personnage féminin du bouquin s’appelle Hiba. De la Chaouia, il en est en revanche beaucoup question dans ce roman. D’abord par le truchement d’une langue qui réserve une grande part à l’oralité. Une langue qui avance, parfois, à coups de traductions instantanées du marocain au français. Quand on demandait à la mère de Hiba le nombre de ses enfants, elle répondait : “Cinq filles dans l’oeil de ton ennemi“. Les cinq filles en question feront l’objet de mille et une misères, après la mort de leur père. Leurs oncles et tantes, en plus d’improbables parents qui affichent des liens consanguins, voudront tous avoir leur part de l’héritage. Ils lorgnent tout particulièrement une villa, située au quartier d’Anfa. Des ruses sont déployées par la mère pour sauver le mobilier de la villa. Des descriptions tragicomiques, relatives à l’extrême abattement des oncles quand ils constatent l’évaporation des meubles, dispensent bien du plaisir à la lecture. D’ailleurs, le roman est organisé comme un chassé-croisé entre le temps du récit et l’introspection dans la vie du personnage de Hiba. Le récit synchronique est relatif aux tracasseries qui ont succédé à la mort du père. Le récit diachronique concerne en revanche la seule Hiba. Il y est question de ses batailles ardues pour convaincre son père de l’envoyer poursuivre ses études en France. En vain ! La mort dans l’âme, elle s’inscrit à la fac des lettres de Casa pour y étudier la littérature française : “si elle ne pouvait aller à Paris, c’était toute la France qui viendrait chez elle, et ses poètes, ses romanciers et ses penseurs“. Le récit des aventures de ce personnage à la fac et au lycée est drôle. Mouna Hachim possède de l’humour qu’elle peut élever jusqu’aux rivages du comique. Autre mérite du roman : il est réaliste. Le lecteur marocain y reconnaîtra des scènes de sa vie quotidienne, rarement exploitées dans des livres. Les étudiants qui usent les souliers de leurs copines, en arpentant avec elles les cafés de la ville, y retrouveront des tranches de leur vie. Ceux qui ne savent pas déployer des talents de savoir-vivre, en ayant des expressions toutes faites pour répondre au quart de tour aux locutions convenues jetées lors des fêtes et des funérailles, feront leur l’embarras de Hiba. En plus, la galerie des personnages du livre comprend un autre caractère : Brahim le cousin de Hiba. Désillusionné, il représente de nombreux jeunes qui rêvent de changer de vie, en quittant le pays. La toile de fond devant laquelle évoluent les différents personnages a pour nom Casablanca. Le narrateur aime cette ville, et cela se sent. Il l’aime avec ses particularités paysannes, sa générosité, sa grandeur qui renvoie à leur étroitesse les régionalismes étriqués. Le livre de Mouna Hachim est sans prétention littéraire. Ceux qui y chercheront des procédés formels avant-gardistes ne les trouveront pas. Les amoureux de l’intertextualité et des références à la grande littérature seront également déçus. La manière importe peu dans ce récit où l’émotion est tout. Ceux qui cherchent en revanche une voix pure, sincère ne peuvent rester insensibles aux mots des “enfants de la Chaouia“.

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