Mouride et les murs qui murmurent

Mouride et les murs qui murmurent

Ces murs qui se dénudent et vous dénudent. Ces murs qui vous lapident et vous imposent des concessions et limites. Ces murs  qui vous encerclent et vous écrasent jusqu’à la noyade et l’étouffement. Ces murs qui murmurent, narrent et vous sculptent. Ces murs aux formes cubiques qui s’ouvrent sur, ou renferment, une pluralité de vies.
«Les murs ont des oreilles» comme disaient nos sages. Mais chez Mouride, ils ont aussi des yeux et une bouche. Ils vous écoutent, vous épient, vous observent, vous scrutent, vous fracturent, vous engloutissent, vous hantent, vous contemplent, vous parlent et vous murmurent à l’oreille les secrets les plus profonds de l’univers complexe des hommes.
Mais au-delà des murs, cet homme, pêcheur au corps craquelé, qui repêche les débris d’une mémoire en ruines. Une danseuse orange aux élans libérateurs. Un cavalier qui surgit de nulle part, vous soulève et vous emporte loin des murs. Au-delà de l’emprisonnement, de l’étouffement, de l’incarcération, de l’être et l’esprit meurtris; résurrection de l’artiste libre. Libre comme l’écoulement des Chutes du Niagara ou l’envol de la colombe ivre. Et à travers son pinceau, il interroge et fait parler les murs.  Des murs où les fissures, les craquelures et les blessures ont  des traits de couleur noire et marron écorce. Ils vous immergent et vous engouffrent dans l’abysse du temps. Des couleurs de grottes préhistoriques où s’animent et s’agitent, fiévreuses et enfiévrées, les lésions et les souffrances des hommes brimés et privés de leur liberté.
Au-delà des murs, des murmures et confidences, tantôt  voilées, tantôt dévoilées. Au-delà des murs, la liberté réanimée par la mémoire, l’imagination et le fantasme. Des couleurs sombres mais attisées par la fureur de l’espoir et de la vie. Du rouge orangé ou sang coagulé, on passe au rouge violet et  du bleu violacé à l’azure et  au bleu-vert ou jaune. Et de temps à autre, un brin de blanc en guise d’ouverture vers l’extérieur. Et dans un soucis de continuité, émergent des détails de mosaïque ternie qui se prolongent d’une toile à l’autre. Car au-delà des murs, la vie persévère et vous emprunte la force de continuer. Au-delà des murs, l’art, la littérature et la musique.   
Dans l’atelier du peintre, se faufilent et défilent des silhouettes d’écrivains dont la plume a façonné  les contours de la littérature maghrébine.
Des hommages à Abdelkader Chatt, Driss Chraïbi, Abdellatif Laâbi, Abdelghafour Laâraki, Tahar Benjelloun, Abdelfattah Kilito et ce  à travers des titres de tableaux, tels que «Le passé Simple», «Civilisation ma mère», «Une enquête au pays», «L’homme rompu», «L’arbre à palabre», «L’œil et l’aiguille», «Le cafard à l’orange»…
«Murs et murmures» est la métaphore du chemin des ordalies, d’une demeure construite, puis détruite et qui aspire à une reconstitution urgente. Au sein des murs, des silhouettes frappées, fatalement, par l’anonymat.  Des voix colorées de musiciens, de cavaliers qui tentent, par la création, de percer les murs.  «Murs et murmures» retaille dans la pierre de la créativité le corps de l’artiste, recoud ses blessures et lui fait retrouver ses traces.   


L’artiste en quelques mots


Né en 1949, ancien détenu politique marocain, 10 ans de prison passés dans les geôles marocaines (1974-1984). C’est de cette expérience douloureuse qu’il s’agit dans sa BD , «On affame bien les rats». Il a publié une autre BD sous le titre «Le coiffeur», c’est une histoire qui se déroule dans les années 60 sous le regard intrigué d’un enfant qu’il raconte à travers son journal.

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