Musique andalouse : Abdellah, l’autre Chekara

Musique andalouse : Abdellah, l’autre Chekara

Abdellah Chekara est un visage familier des Tétouanais. Il a été longtemps connu comme le frère du grand musicien Abdessadek Chekara. Mais au fil des ans, il a pu s’imposer et être considéré comme un grand musicien de la région. Il appartient à une famille de mélomanes et de poètes. Son père si Abdesslam Chekara était enseignant de musique et faisait partie de l’orchestre des chants populaires de la région du Nord. Sa mère Chrifa Saïdia Bent Sidi Mohamed Al Harrak appartenait, quant à elle, aux chorfa de la Zaouia Harakia qui faisaient partie des poètes qui s’intéressaient au soufisme. Né en 1940, Abdellah Chekara a suivi des études primaires et secondaires respectivement à Almadrassa Alaahlia et à Al Maahad Alhor. En parallèle, il poursuivait les cours de musique au Conservatoire de Tétouan sous la direction des grands musiciens comme Ahmed Drideb, Abdeslam Ghazi, Ahmed Chentouf, Mohamed Benyad et Abdessadek Chekara. Il a commencé, depuis son jeune âge, à fréquenter la zaouia harakia tous les vendredis et à l’occasion des fêtes religieuses pour chanter les panégyriques du Prophète. Il intègre en 1949 l’orchestre du maître Ahmed Drideb de Tétouan. Bien que son frère Abdessadek soit son aîné de neuf ans, ils s’aimaient beaucoup et se fréquentaient comme des amis. Il avait l’habitude de prendre son aîné comme exemple. « J’avais un aspect européen avec mes cheveux blonds, ce qui me distinguait un peu de mon frère Abdessadek. Mais pour le reste, nous avions les mêmes habitudes et, surtout, le même goût pour la musique », aime répéter  Abdellah avec humour.
Une fois son brevet des études secondaires en poche, il est affecté comme proviseur dans un lycée à Tétouan. Mais rien ne l’empêchait d’assouvir sa passion pour la musique. Il continue de prendre des cours de luth sous la direction d’Ahmed Drideb, Abdesslam Ghazi et son frère Abdessadek Chekara. En 1969, le jeune Abdellah voit sa vie basculer lorsqu’il intègre l’orchestre de Larbi Temsamani en tant que joueur de luth. Par la suite, il rejoint l’orchestre de son frère Abdessadek Chekara toujours comme luthiste et ce jusqu’à la mort de ce dernier en 1998. Ainsi, les deux frères continuent-ils de se rencontrer quotidiennement et voient leur amitié se renforcer.
Abdallah accompagne d’ailleurs la célébrité de l’orchestre Chekara aux niveaux national et international, et l’enrichissement de son répertoire. «Ya Bent Bladi», «Moulay Abdessalam», «Allah Yhdik Ya Ghzali», «Alaala  Moulati» ou «Al Aïla Farahtini» de Abdessadek Chekara ont été plébiscités par le public .
Abdallah participe aux déplacements du groupe à l’intérieur et à l’extérieur du Royaume : «Je me rappelle comment le groupe Chekara a été accueilli à l’étranger. Notre répertoire plaît toujours aux chanteurs espagnols. Et nous allons vivre de bons moments en organisant des concerts à travers le monde avec des orchestres espagnols comme celui d’Elibrejaro», nous confie t-il avec enthousiasme. A 66 ans, Abdellah Chekara n’a rien perdu de son sens de l’humour et de son dynamisme. Il est très fier du succès que remporte son fils Jalal en Espagne : «Il est en quelque sorte la continuité de mon défunt frère Abdessadek Chekara. C’est un jeune plein de volonté qui veut préserver le patrimoine des Chekara tout en le faisant découvrir à travers le monde. Il a effectué plusieurs tournées en Europe, au Canada, aux Etats-Unis…». Abdellah Chekara n’a pas mis fin à sa vie artistique.
Il participe de temps en temps avec le groupe de son fils Jallal en Espagne et dans d’autres pays. «Comme je suis diabétique, je ne me produis pas beaucoup. Mais j’attends toujours le moment magnifique du contact avec le public. Si seulement je pouvais retrouver ma jeunesse!» conclut-il. Abdellah Chekara se dit triste de l’indifférence des responsables et des autorités de la ville à son égard. Il estime qu’il n’ont jamais reconnu en lui ce qu’il prétend incarner ; à savoir l’amour de l’art, le préservation du patrimoine et surtout le dévouement à un public passionné. C’est le moment ou jamais de lui rendre hommage.

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