Musique : Manu Dibango, «l’enfant prodige» est de retour

«Le retour de l’enfant… prodige», a titré en Une le quotidien gouvernemental Cameroon Tribune pour célébrer ce qu’un autre journal a qualifié d’«évènement majeur» de 2007 au Cameroun: le retour dans son pays natal, après deux ans de brouille, du musicien Manu Dibango. Un retour sous forme de réconciliation à l’occasion d’un «hommage national» d’une semaine rendu par les autorités camerounaises à l’un des fils les plus illustres du pays à l’occasion de ses 50 ans de carrière.
 Organisés par le ministère de la Culture, une exposition de photos, deux concerts et une rencontre avec le Premier ministre Ephraïm Inoni, ont permis de réchauffer les relations entre les autorités camerounaises et le saxophoniste de renommée internationale, âgé de 74 ans. En 2005, Manu Dibango, installé en France depuis plusieurs décennies, l’avait pourtant juré: il ne remettrait plus les pieds au Cameroun. Deux ans auparavant, il avait accepté, à la demande des autorités camerounaises, la présidence du conseil d’administration de la toute jeune Cameroon Music Corporation (CMC), société chargée de gérer les droits d’auteur des musiciens.
Mais très vite, les relations entre le musicien et le ministre de la Culture de l’époque, Ferdinand Oyono, un proche du président Paul Biya, ont tourné au vinaigre.
Pendant plusieurs semaines, les Camerounais ont assisté, stupéfaits, à des échanges d’amabilité entre les deux hommes via la presse. «On a vraiment traîné dans la boue le nom de “Manu”», se souvient une mère de famille encore choquée, à l’instar de nombreux Camerounais, des attaques contre un homme ayant tant fait pour la culture camerounaise à travers le monde.
 Après presque 60 ans passés à l’étranger, le saxophoniste est le musicien camerounais le plus connu sur la scène internationale et la «star numéro un» pour ses compatriotes.
 C’est avec un rythme de sa région d’origine, le makossa, qu’il a connu son premier grand succès international : «Soul Makossa», sorti en 1972, a fait le tour du monde et marqué les débuts de la World Music. Saxophoniste, pianiste, chanteur, compositeur, chef d’orchestre, Manu Dibango avait été désigné en 2000 «Camerounais du siècle» aux côtés du footballeur Roger Milla par le président Biya.
«Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis», explique aujourd’hui, avec sa gouaille habituelle, l’artiste pour justifier son retour, mi-décembre, au Cameroun.
Un retour salué et commenté par toute la presse. Cameroon Tribune s’est pendant une semaine fait chaque jour l’écho du programme du musicien. Après avoir été fait citoyen d’honneur de la ville de Yaoundé, il a donné deux concerts samedi. Le premier a réuni autour de lui plusieurs autres musiciens camerounais dont André Marie Tala. Le second, retransmis en direct par la télévision nationale, lui a donné l’occasion de jouer avec l’Ivoirien Meiway ou les Sud-Africains du Soweto String Quartet devant un public trié sur le volet. Loin du tumulte et de l’agitation, Manu Dibango est apparu en permanence décontracté, fidèle à son image, crâne éternellement rasé de près et lunettes noires de star. «On vient d’assister à la fin d’un film. Un nouveau film va commencer», a expliqué le musicien après un entretien avec le Premier ministre Inoni. Il a annoncé qu’il allait travailler «étroitement» avec le ministre de la Culture avec qui il a «un bon feeling», évoquant un projet de création d’un Institut national des arts camerounais.  Lundi soir, en marge des festivités officielles, il devait offrir, sur une grande artère de Yaoundé, un concert populaire gratuit aux habitants de la capitale camerounaise.

 • Fanny Pigeaud (AFP)

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