Artistes de la nouvelle scène : Ces chansons empreintes de conservatisme…

Artistes de la nouvelle scène : Ces chansons empreintes de conservatisme…

Cependant, le mélomane ne peut demeurer indifférent à certaines paroles purement conservatrices, voire islamistes véhiculées dans ces chansons. Tel est le cas de «Enty baghia wahed» de Saâd Lemjerred qui, au fil de ce single, souffle «Alamat essaâa banet». Le même constat est relevé dans «Kayna wla makaynach» d’Ahmed Chawki qui recommande aux jeunes filles que «lhechma machi moda kdima». Alors comment se fait-il que ces chanteurs s’affichent dans un bel apparat, fredonnent de telles paroles et proposent des vidéoclips au contenu souvent bien explicite ? Et qu’est-ce qui explique ce discours traditionaliste et religieux dans les chansons de certains artistes de la nouvelle vague ?    
       
Elbatouli, la composition avant les paroles

«Comme il existe une démocratie consistant à chanter à sa guise, on assiste également à un matraquage susceptible de véhiculer un discours islamiste ou provocateur. Chose qui constitue un danger», précise à ALM Mohamed Elbatouli. D’autant plus que, selon cet auteur de chansons, «aucun contrôle n’est exercé sur les paroles». Outre ces faits, l’interlocuteur estime que certains chanteurs font valoir une universalité de la chanson marocaine. Or celle-ci a «reculé» aux yeux de M. Elbatouli qui rappelle que la composition a tendance à être conçue préalablement aux paroles, contrairement à une époque antérieure où c’est le poète qui conçoit les textes pour les soumettre au compositeur. A remonter le temps, l’on se souvient très bien que les paroles des anciennes chansons se distinguaient par une certaine ouverture. «A un moment, il y avait «Aâtini houriyati» et récemment on a entendu Daoudia, qui est une grande chanteuse d’ailleurs, fredonner «Aâtini Saki», avance l’interlocuteur.
A propos de Saâd Lemjerred, le même auteur de chansons indique : «Ce chanteur a fait le choix de rythmes khalijis sans s’attendre à un buzz. Alors on lui a lui a emboîté le pas au point que «Enty baghia wahed» est devenue une chanson type. De fait, Saâd Lemjerred est devenu une marque déposée, mais aussi une copie défigurée».

Ce qu’en pensent les sociologues

Pour le Dr Said Bennis, l’expression «Alamat essaâa banet» est un exemple qui rappelle la nature des valeurs transcendantes dans la société marocaine. «On a beau être moderne, porté sur le «new life» dans son acception la plus fine et profonde, on se trahit cependant par des comportements ou des actes discursifs en raison de la fossilisation de référents culturels et religieux», précise le sociologue. Cette fossilisation renvoie, selon lui, au fond commun, au partagé culturel de la religiosité qui se révèle dans la parole vivante des Marocains. «C’est pourquoi on relève dans les textes des chansons marocaines de tout bord le même registre, le même champ lexical et sémantique ancrés dans un spectre conservateur rappelant pertinemment une appartenance à une société métisse avec des affluents variés», explicite-t-il. Une diversité identitaire qui, selon lui, présente la spécificité d’être traversée par deux tendances, à savoir le conservatisme et la modernité. «On est en phase de mêler des valeurs matérielles prônant les félicités et révélant les déceptions immédiates territorialisées référant au contexte marocain aux valeurs post-matérielles vantant les principes universels de liberté et d’émancipation déterritorialisées», détaille Dr Bennis, qui attribue l’engouement du public marocain pour les chansons de l’heure à la nouvelle tendance alliant conservatisme et modernisme. «Tous les types de publics s’y retrouvent, s’y sentent ciblés et sollicités», enchaîne le sociologue qui conduit des exemples dans ce sens. Ainsi, le fait de vanter le célibat et de glorifier le mariage, se délecter des bienfaits de l’amour et renier une vie amoureuse avant le mariage, désirer le corps de la femme et le considérer comme une source de malheur sont des exemples d’une dichotomie fallacieuse et contradictoire bien illustrée dans la chanson «kayna wla ma kaynach».

L’artiste issu d’un milieu conservateur

«J’essaie de me conformer aux principes ayant contribué à mon éducation et je sais très bien que les Marocains sont imprégnés de bonnes manières», précise à ALM le chanteur Ahmed Chawki qui dit être loin de véhiculer tout discours religieux à travers sa dernière chanson. «C’est moi qui ai choisi «Kayna wla ma kaynach»», ajoute l’artiste qui envisage de lancer en début octobre prochain une chanson marocaine en clip qui abonderait relativement dans le sens de « Kayna wla ma kaynach». Le tout en abordant l’amour et la jalousie en paroles et composition différentes.
Ceci étant, Ahmed Chawki s’exprime sur des choix artistiques reflétant son vécu. Mais là où le bât blesse, c’est lorsqu’un chanteur est connu pour un mode de vie indécent et recommande à ses pairs de se conformer aux valeurs conservatrices.

Des artistes schizophrènes ?

Bien qu’ils soient fort connus pour des singles aux paroles osées et comptent également à leur actif des chansons religieuses, certains chanteurs reprochent à d’autres artistes le choix d’œuvres libérales. Tel est le cas de l’interprète qui a lancé «Zin li fik» suite à la polémique créée autour du film portant le même titre de son réalisateur Nabil Ayouch. Un single dans lequel le chanteur fredonne «mchat elhechma weddine». Alors comment se fait-il qu’un artiste exalte le vin et recommande le respect des valeurs conservatrices ?!
Quoi qu’il en soit, il serait judicieux de ne pas mêler le discours religieux à une chanson libérale ou moderne!
 

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