Festival Gnaoua et Musiques du monde: Au nom des pères…

Festival Gnaoua et Musiques du monde: Au nom des pères…

Essaouira a rappelé l’âme du très grand Maâlem Mahmoud Guinea, celui même qui lui a fait ses adieux pendant le triste été 2015. A la fois émue et souriante, la femme de Mahmoud Guinea a été aux premiers rangs, fière de voir défiler, chanter et danser ses fils et filles.
C’est à leur mémoire qu’Essaouira a vécu, du 12 au 15 mai, trois jours de gloire musicale. Eux, ce sont Mahmoud Guinéa, Doudou N’diaye Rose et Tayeb Seddiki. Des grands qui ont tiré leur révérence, dépeuplant des scènes certes, mais cédant place à un héritage que personne n’est près d’oublier. C’est en tout cas le pari que se sont fait leurs enfants, invités à dignement honorer le nom de leurs pères lors d’une 19ème édition du Festival Gnaoua et Musiques du monde où il a été important de célébrer l’art mais également la vie, et toutes les valeurs qui s’y accolent.

De belles ondes ont survolé la légendaire Mogador. Une ville qui est devenue, notamment grâce au Festival Gnaoua, un point de pèlerinage annuel où les mélomanes du monde entier se donnent rendez-vous. Se laissant ainsi habiter, ne serait-ce que le temps d’un festival, par l’âme gnaouie des lieux. Il n’est pas encore à sa 20ème bougie et il fait d’ores et déjà preuve d’une belle maturité. Pour sa soirée d’ouverture, le festival a invité sur scène dix des quarante-deux enfants du percussionniste sénégalais Feu Doudou N’diaye Rose, celui que l’on surnomme à juste titre le magicien des rythmes. Ces enfants, tous percussionnistes également, ont offert au public présent l’un de ces rares moments où la sincérité du jeu vous transporte vers des univers jusque-là non décelés. Et ils n’étaient pas les seuls à le faire.

Pour cette performance, Essaouira a rappelé l’âme du très grand Maâlem Mahmoud Guinea, celui même qui lui a fait ses adieux pendant le triste été 2015. A la fois émue et souriante, la femme de Mahmoud Guinea a été aux premiers rangs, fière de voir défiler, chanter et danser ses fils et filles. Ceux-ci ont rejoint Maâlem Mokhtar Guinea (frère de Mahmoud Guinea) et la Diva Rachida Talal sur scène, donnant lieu à un mémorable tableau de la relève de notre patrimoine. En clôture, c’est à la digne mémoire de Tayeb Seddiki qu’un vibrant hommage a été organisé avec Mohamed Derham, Nabil Khalidi, Omar Sayed et le Maâlem Mustapha Baqbou.

Une programmation qui est loin de satisfaire les puristes en musique, et c’est tant mieux. Grâce aux rendez-vous comme celui-ci, de très belles créations artistiques émergent. Les résidences artistiques auxquelles le festival nous a habitués semblent émerveiller de plus en plus. Passant du jazz au flamenco puis au Gnaoua, ce qu’offrent ces fusions est unique, courageux et réfléchi.

Les mélomanes ayant fait le déplacement à Essaouira ont ainsi vécu un pur délice artistique grâce à la fusion signée Randy Weston. Jazzman hors pair, il baigne depuis près de soixante ans dans les rythmes africains, y compris ceux des Gnaouas. La performance de Randy Weston a été suivie de celle d’un groupe qui refuse que l’on qualifie son travail de «World Musique» et qui prouve que le Maroc regorge de talents forts mais surtout mobilisateurs.

Il s’agit des fameux et incontournables Hoba Hoba Spirit qui ont ravi et enchanté pendant deux heures la scène Moulay Hassan. Sur une autre scène, celle de la plage, c’était au tour de Blitz The Ambassador de mettre le feu. Venu de New York, il n’en est pas à sa première fois au Maroc et, vu l’engouement qu’il suscite, certainement pas à sa dernière. Cette même scène a accueilli ce que l’on peut décrire comme l’impressionnante découverte et le vrai coup de cœur du festival : Songhoy Blues.

Ces jeunes maliens dénonçant la guerre et l’injustice dans leur pays, sont venus célébrer la joie de vivre avec des paroles contestataires, enragées et paradoxalement très dansantes. S’en suit un intense concert donné cette fois-ci par un autre groupe du même registre mais à différente approche, les N3erdistan. Avec Walid au chant et à la guitare, Widad aux machines, Benjamin à la kora et à la flûte peule et Cyril aux percussions, l’engagement prend une forme plus poétique.

Les années défilent et une même évidence se définit. Dans un contexte marqué par la violence et l’intolérance, la musique a son mot à dire et c’est justement ce genre de rendez-vous qui nous le prouve. Le monde a besoin de parole libre. Quand elle est chantée, c’est encore mieux. Longue vie au Festival Gnaoua et Musiques du monde !

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