Hassan Hakmoun: «Il est temps pour moi de ramener ma musique aux festivals marocains»

Hassan Hakmoun: «Il est temps pour moi de ramener ma musique aux festivals marocains»

Entretien avec Hassan Hakmoun, musicien Gnawa

Gnawa est la musique de mes racines, comme elle coule dans mes veines. Elle m’a permis , de surcroît, d’avoir plusieurs opportunités et d’attirer de grands musiciens vers moi tels que Peter Gabriel, Don Cherry, Richard Horowitz, Adam Rudoph, Brahim Fribgane, Jamshied Sharifi, Chikako Iwahori.

ALM : Comment est née l’idée du documentaire «Voyager : Morocco, The Gateway to Africa» conçu avec Nouaman Lahlou ?

Hassan Hakmoun : Tout d’abord, j’ai travaillé pendant les trois dernières années pour que ce projet, conçu pour faire la promotion dans le monde entier de notre pays d’une manière tout à fait unique, à savoir la musique, soit approuvé par le gouvernement marocain. Par la suite, l’année dernière, 2015, Nouaman Lahlou m’a invité à Washington pour rencontrer et présenter ce projet au ministre de la communication, Mustapha El Khalfi. Les deux ont vivement apprécié l’idée et en trois mois, nous avons commencé, moi et Nouaman Lahlou, à travailler ensemble. C’était incroyable ! Je connais Nouaman Lahlou depuis 1990 lorsque nous avons joué ensemble pour célébrer la Fête du Trône et depuis, nous sommes de bons amis. Le documentaire «Voyager : Morocco, The Gateway to Africa» était donc une excellente occasion pour nous de travailler ensemble à nouveau. Pour rappel, le documentaire, dirigé par l’Américain Farook Singh, comprend 3 épisodes, à savoir Voyager Nord du Maroc, Voyager Moyen-Atlas du Maroc et Voyager Sud du Maroc. Ces trois épisodes seront diffusés sur différentes chaînes de par le monde. Le premier épisode, diffusé sur les chaînes National Geographic et Voyages, sera présenté au prochain Festival de Cannes, en mai 2017.

Qu’en est-il de vos nouveaux projets personnels ?

Je travaille toujours sur du nouveau. Je viens tout récemment de collaborer à une chanson à propos du Sahara avec le poète Abel Damoussi. Cette chanson est produite par Itaal Shur, connu pour la production des chansons de Santana, Ricky Martin et d’autres.

Bien que vous ayez collaboré avec beaucoup d’artistes de par le monde, vous êtes resté fidèle à la musique Gnawa. Pourquoi ?

Gnawa est la musique de mes racines, comme elle coule dans mes veines. Elle m’a, de surcroît, permis d’avoir plusieurs opportunités et d’attirer de grands musiciens vers moi tels que Peter Gabriel, Don Cherry, Richard Horowitz, Adam Rudoph, Brahim Fribgane, Jamshied Sharifi, Chikako Iwahori pour m’aider à être là où je suis aujourd’hui. C’est aussi la musique qui me pousse à être plus créatif.

Quel serait l’apport des artistes étrangers pour vous ?

J’ai visité tous les coins du monde avec Peter Gabriel, y compris la performance à Woodstock en 1994. Le fait de travailler avec lui m’a vraiment donné la chance de commencer mon style de Gnawa fusion avec des éléments du Rock.

Qu’en est-il des artistes marocains?

J’ai travaillé avec de nombreux musiciens marocains à l’instar de Fnaire, Brahim Fribgane, Mohamed Zeyet et Kyle Fatimi. Comme j’ai soutenu Saad Lamjarred quand il était à New York. J’ai déjà assisté à ses performances, voire chanté avec lui. C’est un artiste très talentueux. J’ai aussi travaillé avec de nombreux musiciens Gnawa tels que Maalem Ahmida Bousou, Mustapha Bakbou, Mahmoud Guinia, Hassan Zougari et bien d’autres.

Et pourquoi ne pas avoir veillé à votre promotion au Maroc ?

J’étais assez occupé aux Etats-Unis et dans d’autres pays. D’autant plus que je n’ai pas eu beaucoup d’opportunités pour me produire au Maroc. Quand même je suis content de contribuer à la promotion de cette musique sensationnelle en dehors du Maroc et d’ouvrir la voie à d’autres musiciens marocains. Pour l’heure, la musique Gnawa a pu gagner en notoriété de par le monde.

Pourquoi vous ne vous produisez pas à tant de festivals marocains ?
Vous savez ! Quand j’ai commencé à faire de la fusion de la musique Gnawa, personne d’autre ne travaillait vraiment dans la même direction. Alors, quand mon album a été produit par Real world/ Virgin records dans les années 80, c’était une grande nouveauté pour la plupart des publics, y compris les Marocains. En général, les nouveautés prennent toujours du temps pour s’ancrer chez l’audience générale surtout quand celle-ci est habituée à la musique traditionnelle. Et depuis, d’autres artistes se sont inspirés de la musique Gnawa et ont commencé à faire des fusions. Tel est le cas de Gnawa Diffusion et Gnawa University, etc. Pour l’heure, les publics sont plus familiers avec la fusion Gnawa. Pour ma part, il est temps pour moi de ramener ma musique aux festivals marocains.

Qu’est-ce qui contribue, selon vous, à l’universalité de la musique Gnawa ?
L’instrument principal dans la musique Gnawa étant la basse, les sons émis par celle-ci constituent l’épine dorsale de plusieurs musiques. Et dans la musique Gnawa, la basse est une section mélodique et rythmique à la fois. A mon sens, le style Gnawa englobe toutes sortes d’éléments de musique comme il donne de l’espace pour d’autres sons pour ajouter des tons de couleurs, voire des saveurs.

Quelle serait la valeur ajoutée du jazz pour Gnawa ?
Le jazz est un style de musique aussi connu que répandu de par le monde. En collaborant avec des musiciens de jazz, la musique Gnawa a plus d’opportunités pour être découverte par ceux qui ne l’ont jamais écoutée. Entre autres, le roi du jazz, Miles Davis, ainsi que Done Cerise et Herbie Hancock ont toujours encouragé la musique que je fais. Aussi d’autres musiciens en styles différents comme Earth, Wind & Fire, Led Zeppelin et Rolling Stones faisaient de la musique Gnawa. Pour moi, le fait d’ajouter un autre style de musique à Gnawa consiste à préserver la grandeur de celle-ci en la rendant plus accessible au grand public dans le monde entier. Et par rapport au jazz, l’aspect d’improvisation ajoute une émotion différente à la forme.

1 Comment

  1. Morjane

    Excellent documentaire sur le Maroc à travers ses musiques . Mais dommage que nouamane lahlou ait pris toute la place et laissé peu d’espace aux autres, surtout à maalem Hassan . Les grands ont le sens du partage et de la générosité mais nouamane lahlou donnait l’impression qu’il cherchait à se vendre , s’imposer comme guide touristique, artistique, musical, quitte à jouer du coude et à écraser les pieds des autres , en imposant ses chansons

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