avril 24, 2017

«Je souhaite qu’il y ait de grands chanteurs d’opéra qui trouvent des vocations au Maroc»

«Je souhaite qu’il y ait de grands chanteurs d’opéra qui trouvent des vocations au Maroc»

Entretien avec Brigitte Hool, soprano suisse

ALM : Qu’est-ce que cela vous fait de participer à l’opérette «La Veuve Joyeuse» interprétée du 13 au 18 avril à Rabat par l’Orchestre Philharmonique du Maroc (OPM)?

Brigitte Hool : Tout d’abord, c’est un immense bonheur, voire un honneur de venir au Maroc. C’est aussi une occasion de voir que le Maroc aime entendre le chant lyrique d’opéra. En ce qui concerne l’opérette, j’ai apprécié le choix de mise en scène de Jean-Marc Biskup qui fait une œuvre traditionnelle. Il est en train de montrer « La Veuve Joyeuse » selon les règles de l’art. Ce que va voir le public, c’est la vraie « Veuve Joyeuse » qui est mise en valeur. Ainsi, l’opérette va rayonner pour être compréhensible et magique à la fois. En passionnée pour la tradition, je trouve qu’une telle démarche est toujours réussie. C’est pour cela que je me plais d’ailleurs au Maroc. A tout moment je remarque le travail artisanal par exemple. Sur scène c’est ce qu’on fait aussi et ce que j’apprécie puisque beaucoup de métiers sont mis en œuvre pour faire réussir l’opérette. Pour organiser une telle œuvre au Maroc, cela demande un courage et une anticipation voire une passion énorme. J’ai fait plusieurs sortes de « Veuve Joyeuse », il peut y avoir des interprétations différentes. A chaque fois, l’interprète essaie de donner le meilleur de soi-même dans les circonstances du moment. Ici, c’est très favorable !

En quoi l’interprétation de cette opérette par l’OPM diffère-t-elle de celle d’autres orchestres internationaux ?

L’orchestre marocain fait quelque chose de remarquable puisque c’est pour la première fois qu’il interprète une opérette qui est dans le répertoire. Il y a un investissement exceptionnel et énorme qui est demandé. Je ressens cela par exemple avec les chœurs de dames qui doivent également danser. C’est une première dans leur vie et elles le font avec grâce et distinction. Quant à moi, je suis soutenue par l’effort humain de toute l’équipe. Quand on m’a appelée, j’étais heureuse en  essayant de comprendre que les conditions sont exceptionnelles. Et je me suis dit qu’il y a humainement une rencontre, c’est ce que j’ai vécu avec l’orchestre, les choristes et toute l’équipe.

Quel serait l’apport de « La Veuve Joyeuse » de l’OPM à votre carrière?

Cette opérette a un intérêt particulier puisque bien qu’elle puisse paraître une histoire légère, on comprend que c’est le vrai amour qui gagne et  un couple qui se réunit. Donc, il y a de vraies valeurs. A un moment donné, «La Veuve Joyeuse » chante un air où elle raconte l’histoire de son pays. L’amour de ce pays transparaît dans la chanson. C’est un grand air qui est difficile et virtuose, voire aussi difficile que les plus grands opéras. Mais qui dit opérette ne veut nullement dire qu’elle est plus facile. Elle est presque plus difficile à chanter que certains grands opéras que j’ai déjà chantés. C’est aussi un air qui apporte une poésie parfaite et qui peut être sublime. Quand je chante «La Veuve Joyeuse», cela me touche beaucoup qu’il y ait un air si parfait et que je puisse essayer de me mettre à son service. Je me vois comme un instrument qui se met au service de la musique et du public pour lui donner une émotion, que j’espère être, de joie.

Qu’est-ce qui motive votre option pour une carrière artistique après une formation en journalisme et en lettres ?   

J’avais une grande envie d’apprendre et de savoir. Je crois que je sentais en moi que je me destinais au chant et j’avais une vocation à ce métier. Je sentais en même temps un tempérament de soliste. J’imagine que je ne voulais pas aller pour ce métier si je n’avais pas l’assurance d’en avoir le niveau. Mais il faut beaucoup apprendre pour réussir à le faire. Si je n’avais pas réussi, j’aurais plutôt choisi, en tant que perfectionniste et engagée, un autre métier que de ne pas réussir à faire ce que mes aspirations artistiques me poussaient à réaliser. D’autant plus que je suis intéressée par ce qui est artistique, spirituel voire philosophique. Chose que la musique peut parfois exprimer. Quand j’ai étudié le journalisme, je me suis dite que c’était le moyen de comprendre les gens. C’était la dernière étape pour m’ouvrir au monde avant de partir au métier artistique. J’ai choisi d’étudier le journalisme parce que c’était une façon de comprendre différents milieux, notamment politique et économique qui sont si loin de moi. C’est une façon de m’ouvrir l’esprit.

Pourquoi vous vous limitez à l’opéra dans votre 1er roman «Puccini l’aimait» ?

Je voulais parler de l’inspiration parce qu’elle a une dimension spirituelle et universelle comme elle n’est pas nécessairement transmise selon cette ouverture d’esprit de nos jours. Je ressentais que les grands compositeurs comme Mozart, Puccini et Verdi avaient cela en commun. Je voulais en parler sur un mode accessible et j’ai trouvé que le roman était un prétexte pour parler de la musique et amener les gens à comprendre que le sublime et la beauté peuvent faire partie de toutes nos vies. Par exemple quand j’ai vu les femmes marocaines, j’ai trouvé qu’elles ont le sens du beau.

Comment cultiver à votre avis le goût de l’opéra au Maroc ?

C’est certainement depuis l’enfance. Quand on est enfant, écouter de la musique favorise la compréhension de tous les styles. Si l’on donne aux enfants à écouter de l’opéra aussi, ils vont aimer et cela leur semblera normal. C’est une bonne façon pour préparer les générations futures parce qu’au Maroc, il existe de très bonnes voix. J’ai entendu les choristes, leurs voix sont larges et brillantes. Le Maroc a une richesse avec ses voix. C’est une terre qui sait visiblement chanter. Je souhaite qu’il y ait de grands chanteurs d’opéra qui trouvent des vocations au Maroc.

Qu’est-ce qui vous aurait marquée à l’issue de votre premier séjour au Maroc ?

Déjà à l’aéroport, j’ai vu que les femmes étaient nobles. Elles ont une dignité et une force qui se perçoivent immédiatement.

Un dernier mot peut-être ?

J’ai vivement apprécié l’accueil au Maroc. Je vois qu’il y a beaucoup de soin et un très grand respect de l’accueil de l’autre. Vous avez aussi une grande dynamique. Le Maroc s’investit beaucoup. Je comprends les transformations visibles que vous vivez. J’ai eu le plaisir de découvrir le Maroc qui s’ouvre sur le chant lyrique entre autres.     

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