«La culture est le dernier rempart contre l’obscurantisme, l’exclusion et l’intolérance»

«La culture est le dernier rempart contre l’obscurantisme, l’exclusion et l’intolérance»

Entretien avec Brahim El Mazned, directeur artistique du Festival Timitar Signes et Cultures

Aujourd’hui le festival est reconnu à l’international et a été à maintes reprises classé parmi les 25 meilleurs festivals dans le monde. Et cela est une reconnaissance parce que c’est un festival qui a une très forte identité et très ouvert sur le monde.

ALM : Quelles nouveautés pour cette treizième édition du festival Timitar Signes et Cultures ?

Brahim El Mezned : Cette édition du Festival Timitar Signes et Cultures apporte beaucoup de nouveautés et d’actualités. Tout d’abord comme chaque année nous invitons les meilleurs chanteurs amazighs de la région mais aussi du reste du Maroc. Nous recevons cette année le groupe Bombino qui fait une tournée internationale en ces moments et qui a l’un des meilleurs guitaristes qui existent dans le monde. Nous recevons également Iddir et bien d’autres. Sans oublier les stars marocaines tels Ahouzar, Oudaden, Rayess Lhoucein Amrakchi. D’autres célèbres rawyess se produiront aussi au cours de cette édition à Timitar. La musique Hassani sera représentée par Maalouma qui chantera au Maroc après une longue absence. Des artistes africains sont au programme, notamment Tiken Jah Fakoly qui est l’un des meilleurs reggaemen africains et puis le célèbre groupe Sauti Sol qui nous vient du Kenya. La scène orientale sera représentée par Tamer Hosny. D’autres artistes vienant des Etats-Unis comme Vocal Trash et de la diaspora marocaine du Canada comme La Bronze.

Vous en êtes à la treizième édition. Quelle est votre réflexion-action pour assurer une certaine maturité mais aussi un air de renouveau ?  

Timitar est un festival atypique. Il est à la fois très ancré dans son territoire et à la limite il part du micro local vers l’universel. Il est à la fois très ouvert sur sa région, la forte richesse amazighe qui fait l’identité du Souss-Massa est très présente dans le festival mais en même temps Timitar reste très ouvert sur d’autres esthétiques qui viennent d’Afrique, du Moyen-Orient, de la Méditerranée ou d’ailleurs. C’est un festival très ouvert quasiment à l’image des gens de cette région. Il est vrai qu’aujourd’hui le festival est reconnu à l’international et a été à maintes reprises classé parmi les 25 meilleurs festivals dans le monde. Et cela est une reconnaissance parce que c’est un festival qui a une très forte identité et très ouvert sur le monde. Et c’est justement cela qu’on devrait continuer à défendre. Il est vrai qu’en 13 ans il est resté très régulier dans sa démarche et surtout respectueux de sa ligne qui est «Les artistes amazighs accueillent les artistes du monde». Finalement, cet équilibre, dont témoigne d’ailleurs l’engouement qu’il connaît chaque édition, est la force de ce festival. Nous espérons que cet engouement continuera.

Au-delà du divertissement, quel rôle peut-on assigner aujourd’hui à ce genre d’activités culturelles ?

La culture est le dernier rempart contre l’obscurantisme, l’exclusion et l’intolérance. Et c’est pour cela que tous les moyens investis dans la culture et sa promotion sont des moyens très positifs. Et d’ailleurs si le Maroc fait exception c’est parce que la culture occupe l’espace public, notamment avec des centaines de festivals qui sont tenus dans les villes et les villages du Maroc. La culture c’est la «Soft Power» pour emprunter ce dernier concept évoqué par Sa Majesté dans son dernier discours. Sur ce plan-là, la culture est quelque chose d’une force extraordinaire que n’ont peut-être pas d’autres manifestations. Timitar est un bel exemple dans ce sens parce quand on voit toutes les communautés qui se retrouvent et qui viennent d’ici ou d’ailleurs pour célébrer la foi en la musique dans un engouement et respect de l’autre. Je rajoute que les recommandations du CESE (Conseil économique, social et environnemental) confirment cette donne et j’espère que ces recommandations seront écoutées et appliquées à la fois par les pouvoirs publics et économiques.

Alors quel argument pour contrer ceux qui avancent que l’investissement dans le culturel est caduc et que nous avons des besoins plus prioritaires ?  

A tort malheureusement. Ce discours est très négatif. Je prends l’exemple des Etats-Unis avec Roosevelt au début du siècle dernier qui au lendemain de la première crise mondiale a invité les Américains à faire des économies sur les différents champs mais à épargner le volet culturel. Il avait besoin que le moral des Américains soit au niveau grâce à la culture et d’ailleurs.
Depuis, les Américains sont leaders en termes d’influence en matière de musique, films…
En termes de production culturelle, ils sont aujourd’hui les premiers. Et ce n’est pas parce que nous vivons une crise aujourd’hui que la promotion de la culture et son partage doivent être touchés. Faire l’économie de la culture serait une erreur fatale.

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