Lingling Yu: «J’aimerais marier le pipa au luth lors du festival de Fès»

Lingling Yu: «J’aimerais marier le pipa au luth lors du festival  de Fès»

Entretien avec Lingling Yu, virtuose chinoise de pipa

Il existe des mélodies marocaines qui me donnent la sensation que les gens, qui chantent, s’adressent à Allah par l’esprit et le cœur.

ALM : Quelle est, pour vous, la particularité de votre participation au Festival de Fès des musiques sacrées du monde?

Lingling Yu : D’abord, c’est un festival très connu. J’ai déjà travaillé plusieurs fois avec son directeur artistique, Alain Weber, qui connaît bien ma musique et m’a invitée pour y participer. Chose que j’ai acceptée avec plaisir. Aussi, c’est un festival des musiques du monde qui offre un échange entre les différentes cultures. Cela m’intéresse beaucoup. D’ailleurs, j’ai présenté, lors du concert d’ouverture, une ancienne mélodie de pipa solo sur un nouvel arrangement du chef d’orchestre, Ramzi Aburedwan. Outre le festival de Fès, j’ai déjà participé à Mawazine de Rabat, cela m’a permis de garder un beau souvenir et je suis contente de revenir au Maroc.

Pourriez-vous nous parler de la musique sacrée en Chine ?

Déjà, il existe tellement de musiques dans les différentes régions de Chine. Les plus anciennes, élégantes, sont encore jouées. La plus importante étant celle instrumentale du Sud-est. En Chine, nous avons une philosophie basée sur le taoïsme qui allie la culture et la musique. Chose que nous exprimons, à travers des œuvres, en reflétant l’amour humain pour la nature, notamment l’eau et la lune. Nous avons aussi des percussions qui viennent des temples de taoïsme. C’est ce qui inspire le sacré dans notre musique. 

Est-ce que vous avez une idée sur les musiques sacrées marocaines ?

Il existe des mélodies marocaines qui me donnent la sensation que les gens, qui chantent, s’adressent à Allah par l’esprit et le cœur. La musique sacrée marocaine est également liée à l’intérieur de l’âme. Je trouve aussi que cette musique est assez rythmique. C’est intéressant.

Peut-on marier la musique sacrée marocaine à celle chinoise ?

Déjà il existe une harmonie et une rythmique dans la musique sacrée marocaine. Chose qui peut se faire avec mon instrument le pipa qui peut être marié au luth. J’espère faire cela la prochaine fois dans ce festival. J’ai déjà fait différents projets du genre en Europe et ailleurs où j’ai joué avec un groupe qui joue au luth. C’est très joli !

Votre concert au festival de Fès a été marqué par l’interprétation de différents rythmes. Quels en sont les dessous ?

J’ai montré les différentes époques de la musique pipa ainsi que les différentes régions où la musique pipa est interprétée en Chine. Il y a d’ailleurs des régions qui ont des points communs avec d’autres pays comme la Turquie. Aussi, il y a différents styles de musique. J’ai également interprété des musiques sacrées exprimant le lien entre l’humain et la nature. C’était assez riche ce programme à travers lequel j’ai montré différentes techniques, rythmiques et sonorités en pipa.

Vous jouez aussi du violon. Basculez-vous facilement de celui-ci au pipa?

En fait je joue différents instruments. Pour interpréter de l’ancienne musique, j’utilise différents instruments chinois. Je joue aussi les musiques du monde ainsi que celle contemporaine et de chambre. Je fais également des créations avec des compositeurs. En juillet, j’aurai 10 concerts dont 7 avec un grand orchestre. En ce qui concerne le violon chinois, je l’ai joué quand j’étais enfant avant de commencer le pipa. Mais maintenant, je préfère le pipa.

Est-ce que la musique classique chinoise gagne toujours en intérêt ?

Il y a un grand problème avec la technologie et l’avènement d’autres musiques auxquelles les jeunes s’intéressent notamment. Mais il y a des amateurs et professionnels qui font toujours des recherches à propos de la musique classique et du pipa. Pour ma part, j’habite Genève, j’ai la chance de faire le tour du monde et rencontrer d’autres musiciens qui s’y intéressent. Et s’il y a un manque d’intérêt pour cette musique, c’est qu’une éducation n’y est pas énormément prodiguée. Quant à moi, je rentre de temps à autre en Chine pour rencontrer d’autres musiciens de pipa.           

Pourquoi s’intéresser au pipa?

Déjà c’est une grande chance de présenter une musique originale avec un instrument tellement ancien qui compte à son actif plus de 2.000 ans. Cela m’a permis de préparer un nouvel album de pipa avec flûte et bambou chinois dont j’ai fait l’arrangement pour le plus ancien opéra chinois. Mes collaborateurs et moi sommes inspirés par cette ancienne musique.  Nous avons déjà fait une tournée en Europe. Et nous sommes en train de préparer le lancement de cet album outre lequel j’ai un en pipa solo et un autre en pipa et harpe. Ceci étant, j’aimerais bien faire un album pipa avec des instruments ancestraux du monde.     

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