Musique gnaoua: Entre fusion et authenticité

Musique gnaoua: Entre fusion et authenticité

Dix-huit ans après la première édition du festival gnaoua et musique du monde d’Essaouira, la vision d’une guitare électrique partageant la scène avec un guenbri traditionnel fait toujours grincer des dents quelques amateurs puristes de la musique gnaoua.

Le débat sur la légitimité de ce qu’on a pris l’habitude d’appeler la fusion semble encore loin de toucher à sa fin dans les milieux culturels marocains. «La fusion est une véritable tradition pour le festival. L’idée est d’en faire un laboratoire musical, d’essayer de repousser au maximum les limites de la musique gnaoua», nous explique Hicham El Kabbaj, coordinateur artistique du festival.

La fusion a en effet toujours été une marque de fabrique du Festival d’Essaouira, depuis ses tout premiers balbutiements. Un coup d’œil à la programmation de la 18ème édition qui démarrera cette semaine suffit pour remarquer les nombreux duos entre Maâlem gnaoui et Jazzmen. «C’est une manière pour que la musique des Maâlems ne reste pas figée, et un pretexte pour faire découvrir la musique gnaoua au-delà de nos frontières», souligne  Hicham El Kabbaj.  

L’exportation de la musique gnaoua grâce au festival est indéniable. Ce genre musical puisant ses racines dans des cultes mythiques subsahariens s’était effacé pendant plusieurs décennies, avant de reprendre du terrain au début des années 1970. Le lancement du festival en 1998 lui a permis de reprendre de l’élan pour toucher un public de plus en plus large et, surtout, de plus en plus diversifié. Cependant, cela ne résout pas la question de l’authenticité. La musique gnaoua du Festival d’Essaouira est-elle authentique ?

«Absolument», nous répond Hicham El Kabbaj, «Il faut noter que le festival ne propose pas uniquement des fusions, mais également de la musique gnaoua purement traditionnelle», explique-t-il. Selon lui, ce souci de préserver la tradition gnaouie telle qu’elle est est bien présent dans l’esprit des organisateurs du festival. «Les Maâlems adorent les fusions, mais veulent aussi se produire dans des sets plus traditionnels», ajoute-t-il.

Une affirmation qui n’est pas sans rappeler les concerts intimistes que propose la programmation du festival depuis plusieurs années. Il semblerait qu’à Essaouira, l’art gnaoui authentique et traditionnel n’est pas à chercher sur les grandes scènes du festival, mais dans la Zaouiat Issaoua, à Dar Souiri et à Borj Bab Marrakech. Là-bas, des Maâlems venus des quatre coins du Royaume, mais également des troupes représentant d’autres arts ancestraux apparentés à Gnaoua (Issaoua, Hmadcha), participent à ce qui ressemble à une véritable «Hadra gnaouia» traditionnelle.        

Une façon pour les organisateurs de faire cohabiter une fusion aujourd’hui perçue comme nécessaire à la survie de cet art, et une authenticité sans laquelle il finirait par perdre ses racines. Les dix-huit années d’expérience du festival ont donné jour à un jonglage de plus en plus réussi entre les genres. «Aujourd’hui, nous savons mieux quel Gnaoui peut se produire avec quel musicien», explique Hicham El Kabbaj, «Les rencontres des Maâlems avec d’autres artistes sont de plus en plus réussies grâce à l’expérience cumulée par le festival», ajoute-t-il.

Si ces arguments ne convainquent pas les plus sceptiques, il n’en est pas moins que le festival connaît un franc succès, surtout auprès du public étranger. «Des personnes nous contactent des mois avant le festival pour s’assurer de la date afin de réserver leur vol et leur hôtel», assure le coordinateur artistique du festival, «Au point où nous en sommes aujourd’hui, nous pouvons faire plusieurs éditions sans grosses têtes d’affiche et assurer une bonne affluence», conclut-il.

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