Tarik Batma: «Je chanterai en duo avec ma mère»

Tarik Batma: «Je chanterai en duo avec ma mère»

Entretien avec Tarik Batma, auteur, compositeur et interprète

ALM : Vous avez certainement des projets pour 2017 ?

Tarik Batma : Après l’album «Smaât sawtek» en 2014, qui a eu un bon écho artistique et dont j’ai fait une promotion au Maroc et en France, je vais lancer en 2017 un single puisqu’il est actuellement difficile de commercialiser un album. Alors j’ai pensé à lancer, chaque trimestre, des singles avec un clip. Le nouveau single intitulé «En avant» est une vieille chanson que les enfants de la génération des années 70 et 80 fredonnaient. Les paroles seront en dialectes marocain et français-belge. C’est une chanson nostalgique en style afro ragga. J’espère que ce single, dont je préfère ne pas dévoiler assez de détails et dont le clip sera tourné au Maroc, sera apprécié par le public. Pour l’heure,  je serai le 14 janvier en France pour en faire une promotion. 

Où est-ce que se situe votre style musical ?

Je joue de la world music qui n’a rien à voir avec les singles khaliji lancés pour récolter un grand nombre de likes et devenir une star mondiale. Pour faire de la world music, il faut toucher à plusieurs styles musicaux universels bien qu’on ne soit pas assez célèbre. D’autant plus qu’il faut faire la différence entre la légende et la star qui est assez médiatisée. D’ailleurs, la plupart des stars au Maroc sont issues de l’émission Studio 2M. Or la légende c’est celle qui forge une carrière de 30 ou 40 ans. Quand j’ai commencé, j’ai fait une musique d’élite avec l’aide de plusieurs personnes, par mon nom de famille et le producteur que j’avais en 2000. C’est comme ça que j’ai été largement médiatisé sachant que mes singles sont à caractère culturel. Dans l’ensemble, mon style est la fusion. Mais, dans ce nouveau single, j’ai chanté, cette fois-ci, un peu de tout pour faire plaisir au public. Pour plus de détails, il y en a ceux qui font la musique pour l’événementiel et ceux qui font la musique culturelle. Pour l’heure, je veux allier les deux. 

Que pensez-vous du succès de la nouvelle vague de musiciens ?

En tant que professionnel, je dirais que c’est une musique pouvant être facilement conçue. En tant que public, je trouve que c’est une belle musique qui donne de la joie mais techniquement c’est du n’importe quoi. Quand même, ça me fait plaisir d’écouter Ahmed Chaouki, Red One ou Cheb Khaled par exemple. Ce sont des artistes qui ont leur propre public. Quant à moi, j’existe tout comme eux.   

Comment avez-vous préservé l’héritage des Batma en termes d’écriture et de musique ? 

En termes de musique, je suis différent de Lamchaheb, des Ghiwane ou Mesnaoua ou encore Batma mais j’écoute beaucoup leurs chansons. C’est très inspirant ! Mais en termes d’écriture, la relation se situe au niveau des paroles. Je m’inspire notamment de Mohamed Batma. C’est une école pour moi. C’est lui qui m’a montré comment écrire les paroles. Par contre, la musique est une continuité. Cela ne veut pas dire qu’il faut copier sur eux. Quant au fait de remplacer Larbi Batma, cela n’aura aucune valeur ajoutée.

Vous n’avez jamais essayé de monter votre propre groupe ?

Cela fait 20 ans que j’ai un groupe, j’en ai monté 11. A Mawazine, j’ai joué avec mon propre groupe. Normalement, je joue en tant que nom artistique avec des musiciens à qui je donne mon CD qu’ils apprennent. Après quoi, nous faisons nos répétitions pendant environ une dizaine de jours. Dès que les manifestations dans lesquelles nous participons prennent fin, je les rétribue. Par exemple si je pars en France, je joue avec des musiciens français. J’ai pensé à faire un band mais c’est difficile. Les groupes ne durent pas. J’ai déjà eu l’expérience avec mon père et mon oncle. Il n’était pas facile pour Nass El Ghiwane de durer et encore moins pour Lemchaheb.

Pourquoi ne vous voit-on pas dans les médias ?

Moi-même je me pose la question! Et je n’ai pas la réponse à cette question. En tout cas, j’ai lancé mon album et j’ai animé un concert à Mawazine. C’est le seul festival qui m’a fait confiance, contacté et donné de l’argent. J’envoie des courriers à d’autres festivals mais ils ne répondent pas. C’est comme si je n’existais pas ! Par contre, je ne suis pas un lèche-bottes. Nous sommes des professionnels. Aussi, je ne corromps pas. Chacun est censé faire son boulot. J’ai des chansons et je suis marocain. Les festivals sont organisés de par la contribution des Marocains. Alors n’ai-je pas le droit de me produire sur scène parce que je suis un professionnel? Et pour les médias, je suis sollicité dans des émissions qui n’offrent pas de cachets. De plus, il n’existe pas un champ vaste dédié à la musique et à de nouvelles expériences dans les médias marocains. Par contre, quand je vais en France, il s’avère à mes yeux qu’on s’intéresse à toute nouveauté.

Peut-on dire que la vague des Ghiwane n’existe plus ?

Le phénomène ghiwani, purement marocain, est très original. Cette vague était instantanée. Ses créateurs ont vieilli, voire quasiment disparu. Personne ne peut remplacer par exemple Mohamed et Larbi Batma. En général, le phénomène a disparu en tant qu’activité et continue à disparaître. Pour ma part, je ne voulais pas rester dans la coquille des Ghiwane et Lemchaheb. Je veux plutôt avoir mon propre style et un public qui comprend également ma génération. Mais cette vague restera gravée dans les cœurs et souvenirs des mélomanes de la génération ayant vécu avec Nass El Ghiwane et qui va inculquer les chansons de ce groupe aux générations suivantes. Cela me fait rire quand je vois un chanteur imiter un membre des Ghiwane sans une valeur ajoutée. Ceci sans oublier de parler des gens qui créent des associations au nom du phénomène ghiwani pour avoir des subventions sachant que je n’ai jamais eu recours au nom de mon père, Mohamed Batma, ou de Lemchaheb pour entreprendre de telles démarches.

Vous avez également un projet avec votre mère, Saida Birouk…

C’est elle qui a fondé aux côtés de Cherif et Bekhti le groupe Lemchaheb. Elle s’est mariée avec mon père et a provisoirement quitté le groupe après m’avoir mis au monde. Entre-temps, elle gardait contact avec Mohamed, membre du groupe. Elle a rejoint le groupe de nouveau en 2004 sans occuper la place de quiconque, elle a fait des chansons et des tournées avec Lemchaheb au Maroc et à l’étranger. Ayant vu que l’expérience de Lemchaheb a tendance à perdre de son lustre, je lui ai proposé de mener une expérience appropriée. Alors elle a rassemblé ses écrits dans un recueil de paroles (zajal) qui sera très prochainement publié par le ministère de la culture avec un CD de 8 chansons. Pour l’heure, nous en avons préparé deux dont elle a composé les paroles ; la première s’intitule «Chems bladi» et la 2ème étant «Diafine Allah». Quant à moi j’ai fait l’arrangement avec un autre arrangeur pour ces chansons et c’est moi le directeur artistique. Par l’occasion, j’aurai un duo avec elle dans cet album qui sera intégré dans le recueil intitulé «Mizane w herouf» (Rythme et lettres).   

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