Walid Benselim: «L’art a plus de poids que la politique»

Walid Benselim: «L’art a plus de poids que la politique»

Entretien avec Walid Benselim, chanteur du groupe N3rdistan

Une poésie insurgée très particulière s’est invitée sur la scène de la plage, dans le cadre de la 19ème édition du Festival Gnaoua et musiques du monde. Pacifique et douce, la musique du groupe «N3erdistan» est une alliance rare entre la poésie classique arabe et le rap. Le tout sur fond électronique. A Essaouira, nous avons rencontré Walid Benselim. Il est au chant et à la guitare aux côtés de Widad Broco, aux machines et au chant également. Cette rappeuse hors pair n’est pas sans mettre une incroyable énergie sur scène. Si vous leur posez la question, ils vous diront que «N3rdistan» a été créé dans un besoin de liberté, de dire non aux barrières et aux frontières.  Ce n’est ni plus ni moins qu’un pays rêvé où l’on est libre et où le mot jugement n’existerait pas. A découvrir.

ALM : Walid, tu es passé du rap au métal pour ensuite faire de la musique électronique avec N3rdistan. Peut-on considérer cela comme des degrés différents de maturité artistique ?

Walid Benselim : Quoi qu’il en soit, quand on fait du rap on compose avec un ordinateur et du coup, c’est de l’électronique. Pendant mon adolescence, le rap était une façon de contester, de rejeter l’autorité parentale et le pouvoir de manière générale. Le métal, par contre, était un tournant dans ma carrière. J’ai adoré et j’adore toujours faire du métal.  C’est une belle école. Ceci dit, je ne sais pas si on peut parler de maturité. Un artiste est amené à vivre ces périodes où l’on apprend en expérimentant en continuité des sentiers différents.

Les fondements du projet N3rdistan ont été posés en 2011, quelque temps après votre départ en France. Cela a-t-il un quelconque rapport avec «le Printemps arabe» et tout ce mouvement de contestation qui l’a accompagné ?

Ces événements ont eu un impact international et ont bousculé le monde entier. Cela a forcément eu des répercussions sur notre vision des choses et sur notre écriture musicale. Nous nous exprimons avec plus de liberté et avec un ton plus affirmé. Dans mon cas, cela m’a permis de découvrir et d’exploiter des textes poétiques qui m’étaient jusque-là inconnus. J’en cite à titre d’exemple les textes de Modafar El Nawab, ou encore Mahmoud Darwich, Nizar Kabbani, Ahmad Matar et autres.
Qui aurait imaginé que des textes de poésie arabe classique feraient bon ménage avec l’électro…
Je pense que ça s’est déjà fait avec d’autres fusions mais c’est très souvent avec du jazz. La particularité dans notre cas est ce «modelage» avec le rap. Trouver une rythmique pour ces textes poétiques est très intéressant. Cela dit, ça a sûrement été déjà fait. Nous n’avons pas inventé le feu (rires).

Et ta rencontre avec Widad. Que représente-t-elle dans ce qu’est devenu N3erdistan aujourd’hui ?

Cette une vieille amitié qui me lie à Widad. On s’est connu à l’adolescence où on avait monté notre propre groupe de rap au Maroc «Thug Gang».  Nous avons fait un long chemin artistique et humain depuis.

Le Walid qui a gagné le Tremplin du Festival L’boulevard en 2001 imaginait-il être celui que j’ai en face de moi là aujourd’hui ?

Tout à fait. Je pense être resté, dans l’âme, très proche de ce que j’ai toujours été. A l’époque, L’boulevard nous a permis de monter sur scène, d’être confronté au matériel et à une technique plus particulière.  Widad et moi répétons souvent que s’il n’y avait pas de L’boulevard on n’aurait pas fait de musique. Maintenant, avec N3rdistan, nous avons tous évolué et heureusement. Nous avons plus de maturité, nous avons découvert d’autres horizons et du coup cela se répercute sur notre travail. Si on fait cette musique c’est qu’on se dit que c’est là un travail dont on n’aura pas honte une fois plus vieux. Cette démarche nous a toujours accompagnés, depuis l’adolescence. Quand je réécoute «Thug Gang», je suis mort de rire mais ça me fait plaisir et j’en reste très fier.

L’art a-t-il son mot à dire dans un contexte international  comme celui que nous vivons aujourd’hui ?

Je reste convaincu que l’art a plus de poids que la politique. On écoute plus de musique qu’on écoute un homme politique. Aujourd’hui on peut citer plus facilement des paroles de chansons de « Rage Against the Machine » ou de « Gnaoua diffusion », à titre d’exemples.  Elles nous marquent et peuvent être plus mobilisatrices qu’un discours de politicien.

Qu’en est-il du poids économique de l’art?
L’art ne se limite pas à de la création et à des performances. Il y a un aspect économique très important pour l’économie d’un pays. En France, cela représente dans les douze milliards d’euros. Malheureusement, on ne soutient pas l’art assez pour qu’il se développe et qu’il puisse faire les choses qu‘il est destiné à faire. Ce n’est pas que de l’artiste qu’il s’agit, c’est toute une industrie et des emplois que cela peut engendrer.

Existe-t-il un marché d’art au Maroc ?
On tente de le consolider. Il n’y a qu’à travers des initiatives privées comme le Festival Gnaoua et musiques du monde, Visa for music, L’Boulevard que l’on peut faire émerger un vrai marché de l’art au Maroc.

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