Myriam El Haïk : «Ma musique nourrit ma peinture»

Myriam El Haïk : «Ma musique nourrit ma peinture»


ALM : Que représente pour vous d’exposer à Tanger ?
Myriam El Haïk: C’est la première fois que j’expose au Maroc et à Tanger, une ville, entre deux continents, deux cultures, où je me sens dans mon élément.

Comment êtes-vous venue au monde de l’art ?
J’ai un parcours atypique. Je suis partie en France faire des études de commerce. J’ai par la suite travaillé à l’Institut du monde arabe, puis à la grande Halle de la Villette en tant que conseillère artistique. J’ai fondé ma propre structure avant de tout plaquer pour la musique et suivre une formation d’écriture musicale pour l’obtention d’un diplôme de composition et d’orchestration dans l’École normale de musique de Paris . Mon apprentissage de la musique était si long que j’ai spontanément pris le pinceau alliant composition musicale et peinture.

Que proposez-vous au public dans cette exposition ?
Le système de composition des œuvres de cette exposition s’inspire du jardin, du jardin intime au luxuriant. C’est l’idée du jardin sans sa représentation, j’essaie d’en saisir les vibrations, l’énergie et le mouvement, tout un langage qui communique des sensations corporelles. C’est comme une danse, c’est ce qui d’ailleurs crée le lien avec la musique. A travers les notions de répétition, variation, superposition, j’essaie de faire éprouver au public cette sensation physique que produit aussi la musique. La répétition des motifs et des couleurs complémentaires donne une dimension plus forte et une jouissance à l’œil qui circule sans s’arrêter. Il y a l’illusion de la répétition, mais en fait, je rends compte de cette impossibilité de la répétition. On vibre aux rythmes du geste de peindre que je libère. On a l’impression que c’est du hasard, mais il est aussi question en plus de l’improvisation, de composition et stratification (thème, réponse du thème, structure de couplets et refrain…) Mes œuvres varient du petit format, au grand en passant par les triptyques et polyptiques composés de 3, 6, 9 ou 12 peintures. Ces derniers sont de grands pans muraux, foisonnement de signes, inspirés aussi de la graphie arabe. Il y a aussi la série «constellations», un travail plus abstrait et épuré qui peut évoquer en même temps des trajectoires de danseurs, une toile d’araignée, le cheminement de la pensée, des neurones dans le cerveau, le processus linguistique….

Quel est le message de vos oeuvres ?
Le rythme, la vie, la joie, le plaisir, le goût du jeu, la transformation en soi. A travers la peinture et la musique, je jongle avec des signes, et des motifs pour créer un nouveau langage auquel je m’identifie. L’art n’est-il pas un jeu sérieux? Dans mes œuvres, c’est un jeu de contrastes ou d’analogies de couleurs, alternant consonances, dissonances, pleins et vides. C’est une véritable expérimentation par le corps, l’intellect, c’est peut-être aussi des équations «à résoudre» que je partage autant dans ma peinture que dans ma musique. D’ailleurs, l’une nourrit l’autre.

Y a-t-il une dimension spirituelle dans votre travail?
Dans le rituel spirituel, on répète des choses à l’infini et finalement le corps lâche. On est animé par des mouvements contraires, qu’on essaie d’équilibrer. L’art suit le même processus. n

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