Nalin : «Les jeunes sont l’avenir du cinéma»

ALM : En tant que membre du jury, quelle est votre impression à propos des films en compétition ?
Pan Nalin : Jusqu’à présent, nous n’avons pas encore vu beaucoup de films. Néanmoins, on remarque, rien qu’a travers la liste des films en compétition, que c’est une programmation très diversifiée. On retrouve tous les styles cinématographiques, ça va du polar au surnaturel. Le fait également qu’il y ait deux films marocains en compétition est une excellente initiative. Cela me permet personnellement de découvrir le cinéma marocain, puisque nous n’avons pas l’occasion, en Inde, de nous enquérir des productions de ce pays.

Quelle place le FIFM occupe-t-il dans la carte des festivals internationaux ?
Avant même d’assister à ce festival, j’en avais entendu des échos très favorables. Plusieurs réalisateurs et acteurs indiens avaient été invités aux précédentes éditions et ils ont  été impressionnés par l’accueil chaleureux qu’on leur avait réservé. J’ai également été informé par certains des acteurs qui ont travaillé avec moi et qui étaient venus au Maroc pour tourner dans des films américains. Ces derniers n’ont pas tari d’éloges pour Marrakech.
J’étais donc très content de venir à mon tour à Marrakech pour apprécier cette chaleur et pour découvrir les réalisateurs de ce pays et partager avec eux des idées. Mais ce qui me fait un peu mal au cœur c’est de voir les salles vides. Il y a presque pas de jeunes qui viennent voir les projections. Il faudrait trouver une solution pour leur faciliter peut-être l’accès aux projections.

Que doit faire le FIFM pour préserver son succès ?
En fait, on remarque qu’il n’y a pas beaucoup de jeunes talents. On aurait aimé voir leurs réalisations en marge du festival par exemple et discuter avec eux. Ce sont les jeunes qui construisent l’avenir du cinéma d’un pays. C’est pour cette raison, cela aurait été intéressant de prévoir des moments d’échange avec ces jeunes talents. Cela aurait pu être soit sous forme d’ateliers ou sous forme carrément de concours conçu spécialement pour les révéler. Les grandes stars comme par exemple Susan Sarandon ou d’autres, on a l’occasion de les voir et d’apprécier leur filmographie dans d’autres festivals comme Cannes ou Venise. Marrakech peut se démarquer davantage en donnant l’occasion aux réalisateurs en herbe de produire leurs films. Quitte à créer une section dans le festival pour les jeunes militants.

Y a-t-il en Inde une plate-forme pour révéler les jeunes réalisateurs ?
En marge du Festival de New Delhi, une plateforme a été créée il y a quelques années appelée : « Tell in campus». C’est une sorte d’atelier immense où 30 jeunes talents de divers pays sont sélectionnés pour y participer. C’est un pur moment d’échange et d’apprentissage de ces jeunes talents. Ils ont l’occasion de rencontrer  pour une durée de trois jours les pionniers du cinéma indien et d’apprendre non seulement les techniques cinématographiques mais aussi leur vision du cinéma.

Le cinéma de votre pays enregistre toujours de grands succès en Inde et dans les pays dits en voie de développement. Pourquoi à votre avis ?
Le cinéma indien repose sur la mythologie hindoue. Tous les films se ressemblent sur ce point. On retrouve toujours une mère qui se sacrifie pour son fils, ou bien une femme qui est prête à tout pour  garder son bien-aimé et qui tous les deux dépassent tous les obstacles sur leur chemin. La musique, inhérente au cinéma indien, est aussi pour beaucoup dans ce succès. Il y a en Inde une grande tradition du théâtre du village qui reprend le style de la comédie musicale. Toute ambiance crée le rêve. En Inde d’ailleurs, les gens n’aiment pas voir des films réalistes. Ce n’est pas pour rien si les films américains par exemple représentent uniquement 2% du marché local. Le cinéma indien est le seul en Inde à faire salle comble.

Le cinéma indien est très peu diffusé en Europe et aux Etats-Unis. L’Occident est-il rétif au septième art indien ?
Nous n’avons pas les mêmes repères qu’en Europe ou en Amérique. La notion de “romanticisme“ diffère. Il est inimaginable par exemple que le spectateur allemand puisse se projeter dans le personnage d’une mère qui est triste parce que son fils une fois marié quitte la maison des parents. La structure familiale n’est pas la même et, par conséquent, ce qui touche les pays en voie de développement ne touche pas et les autres dits développés. Le cinéma égyptien par contre se rapproche beaucoup du cinéma indien.

Vous avez mis sept ans pour réaliser votre premier long-métrage «Samsara». Quelles ont été les difficultés que vous avez rencontrées ?
En fait, je ne voulais surtout pas réaliser un film commercial. Je voulais adopter une approche universelle. Du coup, j’ai eu du mal à trouver le financement nécessaire en Inde. Cela a nécessité beaucoup de temps. Aussi lorsque j’ai commencé à tourner en 1993, un moine boudhiste avait été assassiné par des musulmans du Cachemire. Ce qui n’a fait que compliquer la tâche car il y avait une instabilité dans le pays. Mais mon équipe  n’a pas baissé les bras, elle a résisté et le film a vu le jour. Ce dernier a gagné un total de dix prix.

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