Nissabouri a quitté les Beaux-Arts

«Personne n’a voulu y croire, et comme la nouvelle est tombée le premier de ce mois-ci, nous avons tous pensé à un poisson d’avril ! » C’est ainsi qu’une étudiante de l’Ecole des Beaux-Arts de Casablanca commente le départ de Mostapha Nissabouri. Ce poisson d’avril aura un goût amer pour le peintre Farid Belkahia. Ce dernier se rend, comme il en a l’habitude chaque fois qu’il se trouve à Casablanca, à l’école, sise boulevard Errachidi. Il franchit la lourde porte lorsqu’un homme l’interpelle. Il lui barre méchamment la route et s’informe, « à la limite de l’agression » précise le peintre, de l’objet de sa visite. « Je viens voir le directeur Mostapha Nissabouri », balbutie alors, à moitié abasourdi par l’agressivité de son vis-à-vis, Farid Belkahia. «Il ne travaille plus ici !», réplique sèchement la personne qui s’est interposée entre le peintre et le bâtiment où se trouve le bureau du directeur. Quelques enseignants accourent vers Farid Belkahia, qui a été directeur de l’Ecole des Beaux-Arts pendant les années 60, et le consolent de cette déconvenue. « Je me renseigne sur l’identité de la personne qui s’est jetée sur moi, et l’on me dit que c’est un vigile. C’est la première fois que je vois un vigile à l’Ecole des Beaux-Arts ! », s’exclame le peintre.
« Un vigile dans cet établissement? je suis très surpris de l’apprendre !», s’étonne Abderrahim Jabbrani, le nouvel homme fort de l’Ecole des Beaux-Arts de Casablanca. Il admet certes l’existence d’un portier dont la mission consiste également à s’enquérir auprès des visiteurs de l’objet de leur visite, mais rien n’a changé à l’école depuis qu’il a repris ses fonctions. Car en effet, Abderrahim Jabbrani était à la tête de cette école avant la nomination de Mostapha Nissabouri par Driss Benhima, l’ancien wali du Grand Casablanca.  L’ancien-nouveau directeur avait alors occupé le poste de conseiller culturel auprès du wali. Il estime tout à fait normal de reprendre son poste à la tête des Beaux-Arts, puisqu’il n’a jamais été démis de ses fonctions de directeur. Mostapha Nissabouri ne veut pas de son côté s’exprimer sur les raisons de son départ. « C’est une page tournée ! », commente-t-il laconiquement. « Quand j’étais directeur de l’Ecole des Beaux-Arts, j’ai accompli ma mission. A partir du moment où les conditions de travail ne sont plus réunies, il ne me reste qu’à partir », ajoute-t-il. Nissabouri précise toutefois qu’il est parti de son plein gré. Mais quelles sont les conditions dont il déplore qu’elles ne soient pas réunies ? Selon Abderrahim Jabbrani, Nissaouri était contraint de partir, du moment que sa situation administrative n’a pas pu être régularisée à l’école en raison de son statut de retraité de l’ONE.
Le nouveau directeur ajoute que le fait d’avoir pu porter, pendant près d’un an et demi, un regard extérieur sur l’école lui a permis de se rendre compte de l’urgence qu’il y a à faire de cet établissement « un phare de la culturel » à Casablanca. « L’impact de l’école n’est pas assez perceptible dans la ville. Il faut l’ouvrir davantage sur son environnement », dit-il. Pourtant, l’on ne pourra pas faire le reproche à Nissabouri de n’avoir pas initié des actions dans la ville. La dernière en date est le superbe projet dans les anciens abattoirs de Casablanca. Avec l’artiste Georges Rousse, les étudiants ont pu travailler avec un professionnel dans un espace propice à la création plastique. Ces mêmes étudiants regrettent pour la plupart le départ de Mostapha Nissabouri. « On aurait aimé qu’il termine au moins l’année avec nous », dit l’un d’eux. « Il était toujours à l’écoute. On se sentait libre de faire et de créer avec lui. C’est cette liberté qui nous manquera le plus », affirme de son côté une étudiante. Au nouveau directeur de prêter donc une écoute attentive aux attentes de ses étudiants et surtout d’œuvrer à la restructuration de cette école dont tout le monde attend qu’elle change le paysage artistique à Casablanca.

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