Omar Sharif, lion à Venise

Omar Sharif, lion à Venise

C’est un symbole du cinéma arabe que la Mostra de Venise a choisi de récompenser. L’arabité de l’acteur a été soulignée par Moritz de Hadeln, le directeur du plus ancien des festivals de cinéma. Après avoir qualifié Omar Sharif d’« ambassadeur d’un monde arabe qui mériterait d’être mieux connu », le directeur de la Mostra de Venise a précisé qu’il s’agit d’« une reconnaissance à un acteur arabe et un geste de paix à un moment où nous en avons bien besoin ». Le prix a été remis à l’acteur au Palais du Cinéma du Lido, avant la projection hors compétition de « Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran » du Français François Dupeyron. Omar Sharif a réagi d’une façon plaisante à la distinction de la Mostra : « Cela fait un demi-siècle que je suis acteur professionnel, le fait d’avoir survécu 50 ans dans ce milieu mérite un prix ». Les 50 ans de l’acteur dans le milieu recouvrent une réalité. Le symbole de la séduction masculine a traversé la deuxième moitié du siècle précédent, en y laissant des rôles inscrits en lettres d’or dans l’histoire du cinéma. Avec « Lawrence d’Arabie », il a été le premier acteur arabe à être nominé pour un Oscar. Avec « Docteur Jivago », il est aussi la première et seule star arabe qui s’est imposée à Hollywood. La longue carrière dans le septième art n’a pas seulement été une source de bonheur pour cet acteur, né Michel de Shalhoub à Alexandrie dans une famille de commerçants fortunés d’origine libanaise et syrienne. Cela fait 50 ans qu’il a décroché son premier rôle grâce à Youssef Chahine dans « Le ciel et l’enfer ». Difficile de ne pas être blasé après une si longue carrière. « C’est vrai, j’avais perdu l’enthousiasme pour le cinéma », a confié l’acteur au public de la Mostra. Pour éprouver de l’enthousiasme, l’acteur a dû s’adonner à un autre type de jeu : celui du hasard. Alors qu’il avait déclaré avoir décroché avec les casinos, un épisode fâcheux avec un croupier qui lui a valu une garde à vue dans le Sud-Est de la France, il y a deux mois. Le rôle de l’acteur dans « Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran » est aux antipodes des émotions, tributaires du gain et de la perte, que ressentent les flambeurs. Il y incarne un vieux épicier arabe qui observe le monde avec philosophie derrière ses rayons de boîtes de conserves, dans un quartier populaire de Paris dans les années 60. Il se lie d’amitié avec un adolescent juif, maltraité par son père, dont il devient le mentor. Le message de « Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran » a plu à Omar Sharif, car « il montre que l’on peut s’aimer même si on appartient à des races et à des religions différentes », explique-t-il. La distinction de la Mostra redore le blason de l’acteur, à un moment où l’Egypte en a fait son ambassadeur pour plaider sa candidature à l’organisation de la coupe du monde de football en 2010. Le Lion qu’il a reçu à Venise devrait pousser les responsables marocains à rugir plus fort. Histoire de montrer qu’ils n’ont pas peur d’accueillir l’événement.

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