Othman El Kheloufi: Le jazz dans le sang

Othman El Kheloufi: Le jazz dans  le sang

Ce son, pour le moins singulier, voyage chaque après-midi depuis ce balcon du troisième étage jusqu’aux oreilles des passants.

Du Jazz, blues, chaabi, oriental, amazigh, gnawa, la musique d’Othman El Kheloufi est une prolongation de son identité. Plurielle, riche, inclusive et très colorée tout en restant sobre, compacte et harmonieuse. Othman parle de Louis Armstrong, de Charlie Parker, de Boby Lapointe, de Fayrouz, de Nass El Ghiwane et de Houcine Slaoui avec la même passion pétillante dans les yeux.

Et c’est tout naturellement que son saxophone transforme cette même passion en notes de musique. «Les gens appellent ce que je fais du Jazz Chaabi, moi je l’appelle du Jazz Beldi, mais seulement parce qu’on m’oblige à lui donner un nom».

Ce natif de Salé aux chemises écarlates refuse de coller une étiquette à sa musique et répugne le terme fusion. «La fusion est une étape du procédé de création, tous les genres musicaux du monde sont une fusion, et c’est absolument stupide d’appeler une musique une fusion…».
Comme il aime à le raconter, la rencontre d’Othman avec la musique était le fruit d’un pur hasard. Après un baccalauréat en techniques de gestion et un début de parcours universitaire en sciences économiques, rien ne le destinait, a priori, à une carrière artistique. Celle-ci débuta avec une rencontre fortuite avec la chorale de l’université, puis une audition qui, au début, avait tout d’une plaisanterie.

Après une initiation au solfège, Othman se retrouve dans l’univers du chant grégorien, du chant hongrois et de la poésie de Verlaine. A l’antinomie de cet univers-là, se trouvait celui où il vivait, marqué par la culture populaire et par des influences de la pop music américaine. «Entre Pavarotti et Joey Star, il y a quand même une différence de voix évidente… Mais cela veut-il dire que l’une est plus expressive que l’autre?». Des questions comme celle-ci le pousseront vers la recherche d’un équilibre entre ces deux mondes. Une recherche qui finira par tracer peu à peu les grandes lignes du style musical qu’il adoptera par la suite: riche, très varié mais surtout profondément anticonformiste.  

Il n’en fallait pas plus pour que le jeune étudiant abandonne la gestion et l’économie et se lancer dans une carrière artistique. Il quitte aussitôt les bancs de la faculté et intègre l’Institut supérieur d’art dramatique et d’animation culturelle (ISADAC) de Rabat pour y suivre une formation de scénographe, puis enchaîne avec un master en études théâtrales. Le chant et la musique l’habiteront et l’accompagneront durant toute cette période, il fera même des rapports entre le théâtre et la musique sa thèse de master.

Cette époque marquera également le début d’une idylle, celle d’Othman et du saxophone. «J’étais déjà chanteur, mais je voulais absolument apprendre à jouer du saxophone. Le problème est que c’était un instrument beaucoup trop cher». Ce sera donc un instrument de fortune, déniché sur un site de vente d’occasion qui accompagnera les débuts balbutiants du jeune artiste.

A 29 ans, Othman est aujourd’hui scénographe, metteur en scène, chanteur, compositeur et saxophoniste autodidacte. Cette identité artistique plurielle l’a mené vers une collaboration exceptionnelle avec le célèbre jazzman et trompettiste libanais Ibrahim Maalouf lors de la dernière édition du festival Jazzablanca en avril 2014. «Ibrahim aimait surtout la théâtralité de mes représentations, il m’a invité pour une improvisation lors de son concert à Jazzablanca». Le moment magique vécu par le public du festival, pendant lequel un saxophone marocain répondait à une trompette libanaise, n’était en fait rien de plus que le fruit de l’instant présent. «Ibrahim et moi n’avions jamais joué ni répété ensemble, la première fois était sur scène», se rappelle Othman.

Si sa collaboration avec l’un des géants du jazz contemporain semble être le summum de sa carrière jusque-là, ce n’est pourtant pas la réponse d’Othman lorsqu’on lui demande quel était le moment le plus marquant de sa vie d’artiste, «C’était un concert dans la prison de Salé. Je ne crois pas avoir vécu un moment plus marquant… Ce genre d’expérience fait de toi un autre homme».

En 4 dates

1985. Naissance à Salé.
 

2009. Formation du groupe «Othman El Kheloufi Band».
 

2011. Concert à la prison de Salé.
 

2014. Collaboration avec Ibrahim Maalouf sur la scène du festival Jazzablanca.

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