Ouahboun, un peintre prometteur

Il existe une obsession de l’homme dans la peinture de Youssef Ouahboun. L’homme qu’il peint est en détresse, ses yeux hagards expriment une condition des plus noires. Les tableaux de Ouahboun projettent toujours l’expression d’un profond désarroi, que ce soit par l’oeil ou la bouche. Les yeux des personnages figurés par le peintre sont terriblement écarquillés. Leurs globes sont agrandis par des lignes noires.
Lorsque les yeux sont fermés, la bouche prend la relève pour crier très fort une peine sans nom. Ouahboun dépeint ainsi un abrégé sombre de la vie des hommes. Il défigure volontairement ses personnages pour en intensifier l’expression, cherchant ainsi à réveiller le spectateur que l’habitude a rendu insensible au désespoir des autres. Il accentue aussi le traitement des mains qui évoquent plus l’ossature d’un squelette que les mains charnues d’un vivant. La mort et le désespoir sont ainsi omniprésents. Du point de vue de la matière, Youssef Ouahboun froisse la toile pour lui donner du relief. Le froissement ne lui suffit pas, il le renforce en mélangeant du plâtre, de la colle, du tissu, du sable et de la peinture vinylique.
Youssef Ouahboun est né en 1968. Il a poursuivi des études de littérature française à la Faculté des lettres et des sciences humaines de Rabat. Sa passion pour la peinture et la littérature se lit dans son sujet de thèse de doctorat : la critique d’art de Charles Baudelaire. La fréquentation de la peinture lui a donné le goût de cet art. Un goût si pressant que Ouahboun décide de mettre les mains à la pâte sous la férule de Ali Silem.
En un an, ce dernier l’a initié aux techniques de la peinture. Le reste est affaire de sensibilité et de penchants esthétiques de l’intéressé. «C’est la fréquentation des peintres qui m’a amené à la pratique» précise-t-il. Cette communauté de peintres dont se réclame Ouahboun est sans frontières. Il la désigne par « ma famille spirituelle ».
Les peintres auxquels il s’identifie se reconnaissent sans peine dans ses tableaux : Mohamed Drissi, Edward Munch, Francisco Goya, James Ensor, Otto Dix et Max Beckman. Ouahboun a commencé d’abord par peindre pour lui-même comme s’il y avait une urgence à donner une voix à ses tourments. Aspect cathartique de cette peinture où l’intéressé ne peut faire autrement que de se libérer de ses angoisses. C’est une marque d’authenticité qui engage le peintre dans ce qu’il crée. «Ma peinture est affaire d’estomac, de tripes et d’imagination» dit-il. En d’autres termes, Ouahboun ne peint ni d’après modèle, ni d’après photo.
L’imagination et les références plastiques lui fournissent les sujets de ses tableaux. À souligner que Youssef Ouahboun écrit des poèmes et des nouvelles. Si la littérature est très présente dans ses tableaux, la réciproque est vraie.
Il a écrit un recueil de six nouvelles, toutes parlant des arts plastiques, dont le titre reprend une injonction de Joan Miro : «il faut assassiner la peinture».Youssef Ouahboun est un peintre très prometteur. Cela est certain. Il faut juste qu’il se détache des références plastiques trop patentes dans ses tableaux pour trouver une voie personnelle.
Il lui faut aussi accepter l’aventure de la peinture et reléguer au second-plan le sujet.
Ses couleurs trop chaudes, presque sirupeuses, ne sont pas toujours du meilleur effet. Mais ces réserves se désarment devant la passion de l’intéressé qui s’engage sans demi-mesure dans ce qu’il peint. Youssef Ouahboun aime dire qu’il «avance vers l’inconnu». Un inconnu très prometteur.

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