Paris à la reconquête de son prestige

La dernière en date des actions fomentées par les services de promotion de la mairie, au service exclusif de la ville de Paris et des Parisiens évidemment, est pour le moins intéressante. Tout au long de cette année 2003 la ville va se mobiliser pour affirmer son rang de capitale de la création.
A l’initiative de la ville de Paris et de l’Office de tourisme, les dix principaux salons professionnels de la création ont été rassemblés sous la bannière «Paris, capitale de la création», et la première manifestation aura lieu du 24 au 28 janvier.
Depuis qu’elle a accédé au pouvoir, la nouvelle équipe municipale à Paris semble vouloir tout faire pour démontrer que la précédente n’était pas à la mesure de la destinée historique et universelle de la ville. D’initiative nouvelle en initiative curieuse, les nouveaux dirigeants semblent avoir assimilé les principes de la communication contemporaine. Quoi qu’ils fassent ou ne fassent pas, ils prennent avant tout soin de le médiatiser, et ils semblent être soutenus de ce point de vue par des équipes diablement efficaces. Ils n’on rien épargné pour vendre Paris comme capitale mondiale de l’art. Pendant cinq jours, la capitale se voudra en effet la vitrine de la création française et internationale en accueillant sur deux sites (Paris Expo-Porte de Versailles et Paris-Nord Villepinte) les marques les plus prestigieuses et les créateurs les plus inventifs. Cet évènement, au sujet duquel les services de relation presse prennent soin de préciser qu’il sera «unique par son ampleur», devrait «permettre de présenter en même temps toutes les nouveautés dans les domaines de la mode, de la décoration, de la maroquinerie et du design». Près de 6 600 exposants et 200 000 visiteurs dont 75 000 étrangers sont attendus à Paris Expo-Porte de Versailles et Paris-Nord Villepinte, à l’occasion d’un grand rendez vous «qui devrait générer de fortes retombées économiques et conforter Paris comme pôle majeur de la création sur la scène internationale» (à noter toutefois l’emploi du conditionnel).
Le coup d’envoi de cet événement sera donné par Bertrand Delanoë, maire de Paris, le 24 janvier lors de la remise des Grands Prix de la création à de jeunes talents dans les disciplines mode, design et métiers d’art. Et le programme est indéniablement chargé.
Tout d’abord, le grand public ne sera pas oublié. Il aura droit à un parcours de la création qui comprend plus de 100 lieux dans tout Paris. En effet, à partir du 24 janvier 2003, «créateurs, décorateurs, designers, stylistes, photographes, illustrateurs, éditeurs… et tous les talents qui font Paris aujourd’hui», seront invités à découvrir 100 lieux en fête à l’occasion de rendez-vous dans les arrondissements de Paris pour de multiples évènements proposant «expositions, accrochages, installations, nouveautés, mises en scène» soit… «une création aux mille facettes à déguster sans modération».
Ensuite, il faut bien noter que cette initiative vise avant tout les professionnels. Seize salons professionnels seront mis en réseau sur l’année, dont 10 salons en janvier pour la première étape (interfilière, le Salon de la maroquinerie, Maison et objet, le Salon international de la lingerie, etc) ce qui donne 150 000 m2 nets d’exposition en janvier sur deux parcs, 14 000 créateurs et fabricants de 100 pays sur l’année à Paris et 350 000 m2 nets d’exposition sur l’année. Le tout est chapeauté par un plan de communication visant à faire converger tous les regards sur Paris (comme si la ville lumière ne les attirait pas naturellement…): 7.000.000 de messages directs aux visiteurs, 1.700 pages de publicité dans la presse internationale, 5.000 informations rédactionnelles.
En choisissant d’intégrer dans un évènement unique une multitude d’actions autonomes et différenciées, Paris cherche à offrir aux professionnels et aux acheteurs du monde entier une gamme très étendue de produits de la mode et de la maison tout en mettant en valeur son environnement créatif et culturel, riche d’initiatives régionales. Ce faisant, la ville espère de fortes retombées économiques et ses équipes commerciales veulent conforter le rôle de Paris comme pôle majeur de la création sur la scène internationale, c’est-à-dire concurrencer la ville de Milan.
Un gros travail, à n’en pas douter. La seule chose qui surprenne un peu dans l’argumentaire des promoteurs de l’initiative, c’est l’insistance avec laquelle les organisateurs précisent que les «visiteurs» seront «véritablement reçus à Paris». On n’imagine pas en effet les Italiens se demandant s’ils vont vraiment recevoir leurs invités, un peu, beaucoup ou pas assez. De ce côté là aussi, il doit y avoir un travail à faire, mais il n’est pas sûr qu’il soit du ressort des équipes marketing.

• De Paris, Hicham Ouazzani

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